‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 74 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« pour faire la guerre aux Français, mais k leur Em- « pereur ! Que la conquête de la paix est le seul but a de la Coalition! Quanta la France, qu^elle était « libre de choisir, hors Napoléon, soit l'Empire sous « la Régence, soit la Royauté avec Bernadotte, les « Bourbons, ou tout autre, soit même, enfin, la « République! » -

A ces mots, Talleyrand n'a point^hésité : sa défection préméditée, d'accord avec les passions et les intérêts de. ces étrangers , écarte toute autre pensée que celle de la restauration de Louis XVIII. Mais à cette proposition on objecte les dispositions , évidemment hostiles aux Bourbons, des populations qu'on a traversées , et celles de tous les rangs de l'armée , dont les efforts inouïs viennent encore de prouyer le dévouement à la cause Impériale.

Celle résistance, prévue, n'a point embarrassé Talleyrand , sa trame est trop bien ourdie ; ses complices, tout prêts, sont à sa portée, et il en invoque le témoignage. Deux d'enlr'eux, le Baron Louis et l'archevêque de Malines, sont introduits. Leurs discours, conformes au sien , le dépassent en violence ; ils entraînent l'Empereur Alexandre; ils obtiennent enfin dece Prince, la déclaration ; « Que lesSou verains Alliés « accueillent le vœu de la France ; qu'ils ne traiteront « plus avec Napoléon , ni avec aucun membre de sa « Famille; que les conditions de la paix, ainsi garan- « lies, en seront meilleures; que pour le bonheur de a l'Europe, il faut que la France reste grande el « forte ; qu'ils en respecteront l'intégrité , telle qu'elle « a existé sous ses Rois légitimes ; qu'ils reconnaî-

c( Iront, qu'Us garantiront la Constilution qu'elle se « donnera elle-même ; qu'en conséquence ils invi- « tent le Sénat à désigner un Gouvernement Pro vice soire, afin de pourvoir à Tadministration, et de pré- « parer la Constitution qui conviendra le mieux à la «r France! »

Cette déclaration, si fatale à l'Empereur, signée par eux et aussitôt publiée, a couvert, dans la soirée même du 3 1 mars ., tous les murs de la capitale !

Dès le lendemain, i*' avril, le Conseil municipal de P^ris avait reconnu les Bourbons pour Souverains; et, ce jour-là même, trente Sénateurs, présidés par Talleyrand et dociles à son impulsion, l'avaient nommé Chef d'un Gouvernement Provisoire, chargé de préparer une Charte, et de proclamer la déchéance de Napoléon. Au milieu de cette révolution, une seule résistance s'était élevée: la cocarde blanche, proposée au nom des Alliés, avait été refusée par la garde nationale. Le reste s'était laissé entraîner.

Caùlaincourt put détailler à l'Empereur ces défections, telles qu'alors, et d'heure en heure, jusqu'à son départ de Paris, elles s'étaient accumulées : celle d'un général habile, transfuge de sa division, pour la dixième fois détruite il est vrai, et, acceptant sous un autre général , d'un mérite aussi distingué, le commandement de la garde nationale ; celle des personnages nommés ministres, et de tous les autres chefs de service; celle des signataires du décret de déchéance,, lancé le 3 avril contre l'Empereur et sa Famille,, et de l'Adresse aux armées Françaises, le 2 avril,, pour les dégager de toute obéissance à Napoléon! Jii

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