CHAPITRE IV. 14S
dut lui montrer Paris, dans ce désordre , étonne , découragé j ne sachant, au milieu de ces Étrangers, à qui obéir, et qui , d'eux ou de Napoléon , on devait regarder comme l'ennemi de la France : déplorable effet de l'esprit de parti des uns, (les passions intéressées des autres , et du désespoir d'un peuple désaffectionné par trois années de désastres inouïs, par tant de sang inutilement répandu, ébloui par les formes généreuses du vainqueur, et séduit enfin par l'illusion de^ croire échapper à l'humiliation du joug de ces Étrangers en unissant sa révolte à leur victoire!
Telles avaient été , le 3 avril au matin , les tristes nouvelles apportées par Caulaincourt. L'Empereur s'en étnut peu , soit qu'il en sut déjà une partie , soit qu'il les eût prévues* 11 demeura calme de même à la demande 'de son abdication , que lui faisait transmettre Alexandre sans s'engager à reconnaître la Régente. Il persévérait, 'Comme le 3o mars à Fromenteau, dans l'espoir de tout regagner par une dernière bataille. Ce fut surtout de ce combat qu'il entretint le Duc de Vicence. Dans son inébranlable énergie, il en parla comme d'une victoire assurée et décisive, « l'ennemi, dit-il, s'étant placé dans une position à « tout perdre! »
Cette confiance , qu'on a peine à comprendre, se fondait sut ce que les Alliés s'étaient partagés en trois corps : l'un dans Paris , les deux autres avec la Seine entre eux deux; ceux-ci s'offrant séparément ainsi à son attaque. Il allait donc s'élancer de l'Essonne sur le corps delà rive gauche, le culbuter dans Paris, où
les habitants achèveraient sa défaite ! Après quoi , se reportant sur la rive droite par les ponts dont en effet il était maître, il déboucherait sur la retraite du corps ennemi qui Toccupait, et, profitant, coup sur coup, du désordre des Coalisés, il rejetterait, il livrerait leurs débris à ses braves provinces de l'Est et à ses garnisons qui les anéantiraient!
Mais cet espoir de Napoléon, qu'il voulait faire partager, était-il sincèi*e? N'était-ce pas plutôt dans ce dernier effort de son désespoir, qu'à tout hasard il s'était décidé à s'ensevelir avec sa fortune ! Qui, itiieux que lui , savait que sur l'Essonne il pourrait à peine réunir cinquante mille hommes contre quatre- vingt mille, soutenus par quarante mille autres, en réserve dans Paris, et que ces cent viiigt mille ennemis pourraient être secondés par les soixante mille autres Coalisés qu'on apercevait sur la rive droite? Que pouvait-il donc espérer de nos cinquante mille combattants contre cent quatre-vingt mille? Comment enfin pouvait-il compter sur une insurrection dans Paris contre les Alliés , quand Paris était en état/ de révolte ouverte contre lui-même?