‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 76 sur 302 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

point encore épuisées ; une armée de quarante mille hommes allait entourer l'Empereur; Eugène , Augereau , Soult , Sucliet et Maison en commandaient cinq autres encore; Davout à Hambourg, s'y mainte^ nait ; nos provinces du Centre , du Nord et de l'Est surtout, révoltéespar les excès des envahisseurs, étaient restées impériales : elles ne demandaient que des armes! Bordeaux excepté, Paris seul s'était démenti! Car, ainsi que dans les morts violentes, les extrémités étaient encore toutes vives, quand lecœur manqua ! Dans le Quartier Impérial, quels que fussent la fatigue et le mécontentement des chefs, et quoique la paix fût leur vœu, leur espoir, leur volonté même, nul (l'entre eux n'avait pensé à un autre dénoûment. Ils avaient respecté le malheur de Napoléon ; leur fidélité, bien qu'étonnée et lassée peut-être, persévérait. Mais, à la funeste nouvelle de la défection de la capitale, à la vue de cette décision de la ressaisir en l'ensanglantant, les cœiirs de nos chefs s'émurent, la contagion les gagna! Le prestige était détruit par le retour si précipité de Saint-Dizier , par cet aveu d'une fausse manœuvre , et par son fatal résultat. Dès lors , comme dans un naufrage déclaré, ces chefs se préparèrent à la catastrophe ! Pour tout dire, je tiens du maréchal Moncey, que la veille , 2 avril , au dîner de l'Empereur, où il se trouva. Napoléon y avait contribué par ces paroles imprudentes : « Que, pour a préserver la France d'une guerre civile, sll fallait « abdiquer, il s'y résignerait! »

Ajoutons ici que, le 3 avril, l'abattement de Caulaincourt , les récits, l'exemple,' les tentations qui, de

IIIST. ET HÉM. — T. Vil. 10

Paris, pénétraient déjà dans le Quartier Impérial, achevèrent l'ébranlement ; que, plus que jamais alors, comme dans tous les grands revers , et quand on ne croit plus pouvoir être démenti par un retour de fortune, les récrinlinations s'élevèrent, et que l'amertume des reproches éclata !

Toutefois on n'imaginait encore que d'exiger la paix, ou la transmission de l'Empire au Roi de Rome.

Ce jour-là le mal resta secret; le palais et les cœurs le renfermèrent; l'Empereur même put l'ignorer; il ne fermenta que dans les entretiens particuliers des chefs les plus anciens , les plus hauts en grade. C'étaient les plus dégoûtés, ayant plus de biens à conserver, moins de temps et de forces à perdre , et, à cette heure avancée de leur vie , l'avenir, comme l'ombre qui grandit le soir, les menaçant de plus noirs pré^ges. Hors ceux-là, soldats et oflficiers, tous semblaient moins étonnés qu'indignés de la chute et de la défection de la capitale.

Telles étaient les dispositions le 3 avril, quand Napoléon , après être retourné sur la position de l'Essonne, rassembla dans la grande cour de son palais toute sa Garde. Là, au milieu de cette troupe dévouée, il appela en cercle, autour de lui, les plus anciens dechaque compagnie, officiers, sous -officiers, des soldats même. Un roulement de tambours commanda leur attention , et d'une voix ferme et animée: ce Soldats , leur dit-il , l'ennemi nous a dérobé trois a marches, et s'est rendu maître de Paris! 11 faut l'en « chasser! D'indignes Français, des émigrés, auxquels •« nous avions pardonné, ont arboré la cocarde blan-

Page 1