CHAPITRE V
« che, et se sont joints à nos ennemis! Les lâches! a Ils recevront le prix de ce nouvel attentat! Jurons « de vaincre ou de mourir , et de faire respecter cette ic cocarde tricolore, qui, depuis vingt ans, nous trouve <( dans le chemin de la gloire et de Thonneur ! »
Chacun, à l'envi, répéta ce serment; le cri fut gé^ néral! Il partit du cœur; et aussitôt, cavalerie, infanterie, tout défila devant lui au pas de charge, et aux cris, plus ardents que jamais, de P^ii^e V Empereur!
Un témoin a écrit éloquemment (i): « Que, la nuit « venue, leur colonne, serrée et silencieuse, s'ébranla « sur Paris, et traversa, d'un pas ferme et résolu, la « forêt impériale. Ces chênes séculaires, ces arbres <( gigantesques, au milieu desquels s'écoulaient ces « vétérans , dévoués à une mort presque certaine , le « clair de lune qui grandissait tous les objets, ajou- « taient à cette marche guerrière je ne sais quoi dé a majestueux et de solennel. Une taciturnité farouche <( et menaçante régnait , dit-il , dans ces colonnes. « On n'entendait que le sourd roulement des canons, <( le bruit régulier des pas, et le cliquetis des sabres « et des baïonnettes. D'austères réflexions préoccu- « paient ces guerriers , échappés à tant de batailles. « On voyait leurs regards, sombres et sévères, se « fixer, par intervalles, sur plusieurs batteries d'o- « busiers qui marchaient au milieu d'eux. Il était *< évident que , l'esprit frappé et le cœur plein du <^ terrible serment qu'ils venaient de prêter, ils s ap-
(i) Koch.
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ce prêtaient , dans un recueillement héroïque , à périr, c( ou à venger l'Empereur et l'Empire , et à terminer c( leur carrière devant les murs ou sous les décom- (( bres sanglants de leur capitale! » Dévouement sublime ^ mais que le désespoir de plusieurs de nos chefs , le spectre de la capitale saccagée et des proscriptions qui suivraient y et la crainte de ne jamais obtenir la paix j rendirent inutile.
En effet, partout ailleurs , devant, derrière eux, et même au Quartier Impérial, en ce moment-là même, tout se dissolvait. L'Empire, fondé sur l'armée, manquait dans sa base: il s'écroulait! ses ressorts, depuis trop longtemps trop tendus, se brisaient enfin , jusque dans les mains mêmes de l'Empereur!
En avant d'eux, à Essonne, ce fut le Duc de Raguse. Sa défection se décida, vers cinq heures du soir, ce 3 avril. Ce même 3 avril, vers la même heure, et dans Fontainebleau , une révolte intérieure, dans le palais même, imposarà l'Empereur sa première ^abdication. Enfin, en arrière, et sur L'Yonne, à hauteur de Montereau , le même soir de ce même 3 avril, et à la même heure , dans les corps d'Oudinot, de Gérard et de Macdonald', le cri de la paix retentit, et l'obéissance cessa.
Leurs soldats venaient de traverser, nuit et jour, un pays dévasté. Les malheureux, affamés, presque nus, couvraient la route de malades et d'hommes épuisés et débandés* Les meilleurs, au bout de leur courage, se traînaient encore ,^ mais en maudissant l'éternité de la guerre, en murmurant que c'était trop; que toutes les forces humaines étaient dépassées; qu'il