‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 83 sur 302 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Il fallut que notre malheureux Empereur se soumît à reprendre une seconde fois ce triste papier. Alors il rentra dans son cabinet , et en ressortit bientôt, avec une troisième rédaction. « Teness, dit-il sèche- <c ment à Caulaincourt, la voici, et pour cette fois « telle qu'elle restera , je n'y changerai plus rien ! » Le Duc de Vicence lut alors, à haute voix, l'acte suivant :

« Les Puissances Alliées ayant proclamé que l'Em- « pereur Napoléon était le seul obstacle au réta- « blissement dé la paix en Europe, l'Empereur Na- « poléon, fidèle à son serment, déclare qu'il est prêt « à descendre du trône, à quitter la France, et a même la vie, pour le bien de la Patrie, inséparable « des droits de son Fils, de ceux de la Régence de « l'Impératrice, et du maintien des lois de l'Empire. a — Fait à Fontainebleau, le 4 ^tvril 1814. »

Il achevait cette lecture lorsqu'on annonça les Ducs de Reggio et de Tarente. Macdonald venait d'arriver à Fontainebleau , et, sans le laisser respirer, les étals majors réunis, toujours décidés à exiger la- fin de la guerre, étaient venus l'assiéger dans son quartier. En même temps une lettre de Paris lui avait été remise. L'adresse portait : y4u maréchal Macdonald, Duc de Raguse. L'erreur en était évidemment volontaire. Marmont avait ou vert cette lettre à Essonne. Elle était d'un ancien ami de Macdonald, de fieurnonville, membre du Gouvernement Provisoire. Elle annonçait la déchéance de l'Empereur et de sa Famille; le rappel des Bourbons; l'espoir de la constitution anglaise pour la France; enfin, la confirmation dans

leurs grades de tous les officiers de l'armée Française.

La chambre du maréchal était remplie de généraux et d'officiers d'état-major. Ils le pressaient de marcher au château à leur tête, et d'y accomplir sa promesse. Soit franchise qui lui était naturelle, soit précaution contre le danger qu'il allait affronter, ou qu'il ne se crût point le droit de taire la vérité à ses compagnons d'armes, il leur livra cette lettre, et en autorisa la lecture. Elle accrut la résolution universelle. Ils agiraient hâte d'en finir, trop pressés de s'assurer, à tout hasard, du repos du jour, sans songer assez aux humiliations et aux regrets du lendemain !

Macdonald, cédant à leurs sollicitations, sortit enfin, et tous, fort échauffés, le suivirent. A chaque pas ce cortège grossissait et l'accompagnait en tumulte. Le maréchal voulut vainement s'en débarrasser : il arriva ainsi jusqu'au pied du grand escalier, où, se retournant, il commanda qu'on s'arrêtât, qu'on l'attendit, qu'on le laissât monter seul; ajoutant qu'il suffirait, qu'autrement cela ressemblerait à une émeute d'officiers, et il en montra l'inconvenance.

Tous, comme lui, ignoraient qu'en ce moment même, à quelques pas d'eux, tout se terminait. Ils répondirent que, puisqu'il allait s'exposer pour eux , ils ne l'abandonneraient pas dans ce péril; qu'ils voulaient le suivre jusqu'au bout, pour le soutenir. Ce fut seulement dans le palais que, s'arrétant enfin, ils se dispersèrent dans le vestibule et dans la galerie voisine des appartements de Napoléon. Quant à lui, la tête haute, l'air déterminé , car telle était sa con-

Page 1