CHAPITRE VU
tenance habituelle, et accompagné du Duc de Reggio, il entra sans hésiter chez l'Empereur.
Ce fut Napoléon qui le premier lui adressa la parole. Ses premiers mots furent insignifiants. Macdonald répondit : « Bien , Sire , mais bien cruellement (( affecté, bien malheureux que le sort des armes nous (c ait refusé le dernier honneur de combattre devant « Paris, et de nous faire tuer en défendant contre « une si grande infortune notre capitale! » L'Empereur convint de cette triste vérité. Puis il demanda où étaient ses trois corps, et dans quelles dispositions illes avait laissés. « Us arrivent, répliqua Ma cdonald, « mais bien décidés , Sire , à ne point marcher contre a Paris. Je viens, en leur nom, vous le dire; je yiens « vous déclarer, quel que soit le parti que la capitale « ait pu prendre, que nul de nous ne tirera son épée « contre elle, que pas un de nous ne la rougira du « sang d'un seul de nos compatriotes ! »
L'Empereur se récria, protestant, « que telle n'a- « vait jamais été sa pensée ! » et demandant « pour- « quoi on lui supposait un projet aussi cruel ! » Le maréchal répondit : « Que c'était le bruit général ; « que l'armée en était révoltée! qu'on y disait que (f c'étaient assez de malheurs ! Et qu'on s'y refusait « à faire de Paris une seconde Moskou ! »
Ici Napoléon, se récriant plus encore, l'interrompit, s'indignant, a d'une si odieuse supposition! en « demandant la cause , et y opposant ses soins , son <c amour constant pour sa capitale, et tout ce qu'il « avait fait pour elle! » « Mais, Sire, reprit Macdo- « nald, Votre Majesté sait-elle bien tout ce qui s'y
a passe? » A quoi TEmpereur ayant répondu a qu'il <c savait les Alliés résolus à ne plus traiter avec sa Cl personne ^ » le maréchal , en lui présentant la lettre (!e Beurnonville, ajouta : « Que ce n'était pas tout, ff et que malheureusement cette lettre lui en apprencc drait bien davantage! » Napoléon la reçut sans empressement, sans émotion, son sacrifice étant fait, et s'attendant à tout. Il la parcourut avec le même calme, demanda qui en était Tauteur, et si le maréchal consentait à ce qu'il la fît connatlre. Alors, sur la réponse franche du Duc de Tarente, que déjà il Tavait communiquée à son quartier général; qu'évidemment, d'ailleurs, Marmont, avant lui, l'avait ouverte, l'Empereur la remit à Maret, en lui ordonnant d'en faire, tout haut, la lecture. Après quoi, interpellé par Macdonald sur le parti qu'il allait prendre, il répondit : « J'ai voulu la gloire et le bonheur de la a -France! je n'ai point réussi, j'abdique, et je me « retire! » « Ah, Sire! Quelle catastrophe 1 » s'écria le maréchal, d'autant plus ému que, ignorant ce qui avait précédé , et n'étant venu demander que la paix et non l'abdication, il crut cette résolution soudaine, s'en prit à sa démarche, et s'en accusa.
L'Empereur, sans lui répondre, parcourut d'un regard élevé ceux qui l'entouraient, a Oui, continuaa t-il, je me décide à abdiquer! Mais vous tous, « consentez-vous à reconnaître mon Fils pour mon (^ successeur, et à accepter la Régence de l'Impéra- « trice? » Chacun d'eux alors, sur l'interpellation directe et successive de « Vous? Vous? et Vous en- « core? » répondit affirmativement du geste et de la