‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 86 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ces précautions prises, leurs instructions reçues, Caulaincourt, Ney et Macdonald partent, et arrivent dans Essonne. Pendant qu'ils envoient demander au Prince de Wurtemberg, général de Tavant-garde des Alliés, un sauf-conduit, ils expliquent au Duc de Raguse Tobjet de leur mission. Dès leurs premiers mots Marmont se trouble ; à celui de Régence, son anxiété augmente, le remords le saisit : dans son angoisse, il avoue des pourparlers avec Tennemi , une convention commencée, conclue, signée même !

Il était trop vrai, l'infortuné maréchal avait Jailli! Ce n'était ni l'orgueil de sa lutte énergique du 3o mars, ni l'indignation de l'inutilité d'un si grand dévouement, qui l'avaient égaré ; tant d'efforts n'avaient point été suivis d'épuisement; l'affront dé la prise de Paris ne l'avait pas ébranlé ; dans Paris même , chez lui, pendant la nuit du 3o au 3i, on croit qu'il avait été insensible aux insinuations de Talleyrand et aux suggestions de Laffitte en faveur des Bourbons, « de « qui seuls, lui dit ce banquier, on devait attendre le

« salut de la France. »

Fabvîer confirme cette opinion. Il dit, il est vrai, que, le combat du 3o mars terminé, et après avoir dirigé les restes des deux corps vers Essonne, étant revenu chez Marmont prendre ses ordres, il y avait aperçu Talleyrand assis seul à l'écart, et qu'il en avait reculé comme à la vue d'un mauvais présage. En ce moment, le Duc de Raguse réglait, dans une pièce voisine, les conditions de la capitulation de Paris, avec les envoyés d'Alexandre. Il se peut qu'aussitôt après, ce maréchal, étant retourné près de Talleyrand, ait commencé à subir cette fascination venimeuse. Toutefois, comme à Essonne, quelques heures après, il s'en trouva séparé; comme la défection de Talleyrand n'éclata que le lendemain au soir, et qu'il fallut à son succès, dans Paris, les deux jours suivants, il ne semble pas que jusqu'au 3 avril ce mauvais germe, s'il fut déposé dans le cœur de Marmont, s'y soit développé. Fabvier croit donc qu'il sortit de Paris fidèle encore; du moins ce maréchal l'y laissa-t-il pour observer l'entrée de l'armée Alliée dans la capitale^ avec l'ordre d'en rendre compte à l'Empereur.

Fabvier obéit. Ce fut le 3 avril seulement qu'il put rejoindre Napoléon sur la position de l'Essonne. L'Empereur y était revenu ce matin-là même. Pressé de questions, Fabvier se vit forcé de lui raconter, sans ménagement, les détails déplorables de la réception des Alliés par une partie de la population parisienne, à quoi l'Empereur, sans irritation, répondit : a Paris « souffre! Ses habitants sont malheureux, et les mal- « heureux sont injustes! » Alors, avant de tourner bride sur Fontainebleau, où l'attendait, après sa lia-

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