‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 87 sur 302 · CHAPITRE T · texte numérisé non relu

CHAPITRE T

rangue à sa Garde et le départ de cette élite fidèle, la scène cruelle qu'on vient de lire, il indiqua le champ de bataille qu'il avait choisi, ordonnant d'y marquer les points de protection nécessaires aux forces qu'il comptait y déployer.

Ce travail achevé, Fabvier revint dans Essonne près du Duc de Raguse. Il le trouva, m'a-t-il dit, au fond du jardin de son quartier général. Ce maréchal achevait d'y conférer avec un individu chauve, en habit de ville, jadis officier en Egypte sous ses ordres, et depuis ou démissionnaire ou retraité. C'était Montessuis, un émissaire des Royalistes ! Marmont, quand il l'eut congédié , ne dissimula point à Fabvier la mission que cet envoyé venait de remplir. Puis, interpellant son sous-chef d'état-major, il lui demanda quelle réponse il jugeait convenable à des propositions de cette nature. Fabvier se trouvait, en ce moment, près d'un arbre exotique assez remarquable : « Mais, répondit-il en désignant la plus forte des a branches de cet arbre, il me semblcque, dans d'auto très circonstances, la réponse aurait dû être là! « Pourtant, au moins, faudrait-il avertir l'Empereur, « d'une aussi fâcheuse tentative! » Marmont répliqua que telle était son intention ; après quoi Ton se mit à lable , où Fabvier remarqua avec peine que la place (lu chef d'état-major était vide. Sa crainte n'était malheureusement que trop fondée : en ce moment-là même la défection commençait !

Ainsi, dans cette soirée du 3 avril, partout à la fois si fatale à Napoléon, quand, sur l'Yonne et dans Fontainebleau, les autres chefs de l'armée s'étaient sou-

ICG LIVRE ONZIÈME.

levés : les premiers contre la guerre seulement , les seconds contre l'Empereur lui-même, en demeurant toutefois fidèles au Roi de Rome, Marmont, Uvréà lui seul , et trop susceptible d'élans subits , s'était laissé entraîner bien plus loin encore ! Ébranlé par la révolution accomplie dans la capitale, et sans s'apercevoir de rénormité de son action , il s'était laissé persuader qu'il serait le sauveur de la France , en trahissant non*seulement Plapoléon, mais le drapeau Français, l'armée , et l'Empire même !

Tel avait été l'objet de la mission confiée à Montessuis. Ses lettres de créance près d^ Marmont avaient été, avec une communicatioa de Schwartzenberg, les premiers actes du Gouvernement Provisoire et les écrits pressants de trois personnages, deux civils, l'autre militaire. Tous trois étaient d'un nom et d'un mérite connus ; leurs sollicitations n'avaient eu que trop d'influence sur l'imagination vive et orgueilleuse du maréchal.

Montessuis, comme on l'a vu, était arrivé à Essonne le 3 avril, vers cinq heures du soir* Marmont venait d'expédier tous ses officiers à ses divisions avec des instructions vigoureuses. Ces ordres ne respiraient que la guerre; le maréchal ne semblait songer à autre chose, quand Montessuis, l'abordant, s'enferma seul avec lui et le transfornîa. Il lui apportait : d'un côté, la certitude que désormais dans Paris tout était fini pour la Dynastie Impériale ; et d'autre part, avec les dépêches susdites, la proposition de traverser, à la tête de son corps, l'armée ennemie. Lui et 1^ Normandie deviendraient le centre de. ralliement d'une a|*mée

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