CHAPITRE I
toute nationale! Elle achèvera la révolution; elle déddera delà paix ! Elle sauvera la France de Tanarchie, Paris du pillage, et la nation des horreurs de la guerre civile!
A cette tentation, Montessuis joignit «la contagion delexerople : il cita cent noms remarquables, déjà engagés; il lui remit une lettre de Tun des plus renommés. Ce général s'était déclaré ; son parti était pris ; il pressait le maréchal d'imiter son patriotisme !
On ignore la réponse du Duc de Raguse, et si Tembaucheur repartit §ûr dé son succès. On croit qu'il n'en emporta point la certitude. Mais il avait été écouté! Les i^émoires, encore secrets, de Marmont, mémoires dont il m'a fait remettre un passage avec d'autres documents, sont, sur ce point, d'une brièveté évidemment pénible et douloureuse* Ce qui est certain, c'est que, resté seul pendant cette nuit si critique, le venin laissé dans son cœur y fermenta; que son orgueil s*enivra du rôle qu'on lui offrait; qu'il s'exalta d'une inconcevable illusion de patriotisme, etsedécida, comme à un devoir impérieux, à la trahison qu'on lui proposait. Il en formula l'engagement destiné à Schwartzenberg. En même temps, et pour se justifier, il écrivit à Napoléon. De ces deux lettres, l'une est connue, la secoirde est encore inédite, les yeux de Marmont ayant été dessillés avant qu'il eût pu l'envoyer à son adresse; mais l'une explique l'autre, et toutes deux ici sont indispensables.
La copie de cette seconde lettre vient de m 'être remise (29 juin 1837) par un ancien aide de camp de M. le Duc de Raguse et par son ordre, ainsi
qu'un passage de ses mémoires et plusieurs autres pièces , que le maréchal a désiré qu'il m'apportât.
« Essonne, 4 avril 1814.
« Sîre,
« Je vous ai servi avec dévouement depuis vingt ans, et mon zèle a redoublé avec vos malheurs ;. les travaux de
cette campagne le prouvent assez. Soutenu par Topinion de mon pays , mes efforts n'auraient point eu de terme , car l'adversité n'a jamais su m'effrayer. Mais, Sire, c'est contire l'opinion de la France, et tout à l'heure contre les Français mêmes, que nous .portons les armes ! L'exaltation des esprits à Paris, à Lyon, à Bordeaux, à Mar^ille, l'universalité des sentiments exprimés d'une maaière si véhémente^ le décret du Sénat, décèlent assez la véritable opinion publique, et celle-là doit faire la règle d'un bon Français, d'im citoyen. D'ailleurs, Sire, dans quelle horrible situation sommes-nous placés? Ou la fortune couronnera momentanément vos efforts, et alors la dévastation de Paris et la fuite de ses habitants en sont la suite ; ou elle vous est contraire, et alors, Sire, avec notre perte immédiate nous entraînons la perte du reste d'une milice, peut-être trop tôt nécessaire au salut de la patrie, et qui, combattant pour elle, alors soutenue par l'opinion, saura la sauver. C'est donc^ Sire, pour la France que je me dévoue' en faisant une action que mon cœur condamne, mais qui m'est commandée par le salut de mon pays. Je dois m' éloigner de vos rangs le jour où la nation vous réprouve; mais, après avoir sauvé* la Patrie, je suis prêt à vous rapporter ma tête, si vous la réclamez !
« Je n'ai séduit ni les généraux, ni les troupes dont vous m'avez confié le commandement. Tous sentent, comme moi,