‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 89 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

que la volonté delà nation doit être leur règle, et que rien ne la rend .douteuse aujourd'hui.

a Je suis avec un profond respect, Sire, de votre majesté, etc. »

Au Maréchal Prince de Schwartzenberg. [Même date,)

a Monsieur le Maréchal, j'ai reçu la lettre que vous m'avez fiaiit rhonneur de m'écrire, ainsi que tous les papiers qu'eUe renferme.

« L'opinion publique ayant toujours été la règle de ma conduite, et l'armée et le peuple se trouvant déliés du serment de fidélité envers l'Empereur Napoléon par le décret du Sénat, je suis disposé à un rapprochement entre larmée et le peuple, qui doit prévenir toute chance de guerre civile et arrêter l'eifusion du sang. En conséquence je suis prêt à quitter, avec mes troupes, l'armée de l'Elmpereur Napoléon , bux conditions suivantes , dont je vous * demande la gtirantîe par écrit : i® Les troupes quitteront iaraiée avec leurs armes, artillerie, munitions, etc., et se rendront directement en Normandie, dans les lieux que je leurasaigneraii, et qui ne sont point occupés par les troupes Alliées. Elles y- resteront jusqu'à nouvel ordre^ s y reposeront, se referont des fatigues de la campagne, et ne seront qu'aux ordres de leurs généraux; â^ Dans le cas où, par suite des événements de la guerre, l'Empereur Napoléon tomberait au pouvoir des Puissances Alliées, dans quelque circonstance que ce soit, sa vie et sa liberté , dans un pays qui lui serait déterminé , lui seront garanties , etc., etc. i»

Le 4^yril venu, dès le point du jour, Marmont appelle autour de lui, dans sa propre chambre , tousses généraux, Ch^stel excepté : il les harangue, il les ^entraîne dans sa résolution, et reçoit leurs

serments , qui y sont conformes ; puis j leur ayant lu sa réponse à Sch\vartzenberg , l'infortuné maréchal, encore ébloui, la fait aussitôt partir, et s'engage irrévocablement, ainsi, dans une de ces actions irrémissibles, qu'un instant consomme , et qui deviennent le remords dévorant d'une vie entière!

Toutefois, vers quatre heures du soir, lorsque, entouré de l'étonnement douloureux de Ney , de Macdonald et de Caulaincourt, il comprit enfin l'énormité de l'action qu'il avait commise; lorsque, sortant de son ivresse , il s'aperçut que, armée, Empereur et Empire, il avait, à la fois, tout trahi ; dans son inexprimable détresse, il implora, de ses regards troublés, ses anciens amis, cherchant à quelle branche rattacher sa renommée,' et se débattant vainement sur Fabime où il la voyait près de s'engloutir! L'un d'eux lui conseilla d'aller à Fontainebleau , jugeant qu'aine la réponse de Schwartzenberg aux conditions mises à.sa défection, le trouvant absent^ l'effet en serait suspendu. Mais Marmont se sentjt trop coupable, il n'osa, il s'écria : « Que déjà,. peut-être, « FEmpereur connaissait sa faute; qu'il y allait de « sa tête, qu'il ne pouvait la livrer ainsi! » 11 émut de pitié ses compagnons d'armes.

Pressé par sa conscience de rentrer dans le devoir; entraîné par son nouvel engagement', il ne savait plus auquel entendre, qui ne point abandonner, à qui ne point manquer de parole ! L'infortuné n'avait plus que le choix des trahisons !

Il se décida enfin à se réunir aux efforts que ses collègues allaient tenter en faveur du Roi de Rome.

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