‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 90 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Sa détermination fut sincère, son retour complet. Il rassembla ses généraux, il leur déclara : que son traité avec le 'Prince de Schwartzenberg était devenu sans objet; qu'une négociation nouvelle, entreprise an nom de toute Tarmée, commençait; qu'il fallait s*y rattacKer; «t il leur laissa Tinjonction formelle d'attendre , quoi qu'il pût arriver, son retour, et de ne faire aucun mouvement sans son ordre !

La nuit, celle du 4 au 5^ et le sauf-conduit venus, Caulaincourt et les trois maréchaux étaient repartis , lorsque, arrivés à hauteur' de Petit- Bourg, Marmont s'aperçut qu'on lès détournait vers ce château. Alors, s'agitant violemment, il s'écria: «Que là était le quar- « tier dtt Prince de Wurtemberç; que c'était avec ce c Prince qu'il était convenu du passage de son corps, ff Cette ntiit même, au travers des postes ennemis , et K qu'il ne pouvait se montrer à lui, âpres s'être décidé « à msfnquér à cet engagement ! » Ses compagnons cédèrent à son anxiété. En descendant de voiture, ils y renfermèrent le malheureux Duc de Ra^se, ils le couvrirent , à sa prière , m'ont-ils dit , de leurs manteaux, pour le cacher à tous les regards ; puis ils entrèrent au château de Petit-Bourg.

Après quelques moments d'attente les portes s'ouvrirent, le Prince de Wurtemberg parut; et d'abord, ne recevant d'une victoire dérobée et si peu glorieuse que de grossières inspirations, il insultait brutalement à notre infortune, quand Schwart2enberg, accouru pour s'assurer de la défection de Marmont, intervint. Il montra de plus nobles sentiments, mais hostiles à la Régence de la Fille de son Empereur, et

voulut que les maréchaux, pour continuer leur route vers Paris, attendissent Fautorisation d'Alexandre, Les heures ainsi s'écoulaient ; la position de Marmont devenait intolérable, quand il aperçut le Généralissime. Saisissant cette occasion, il sortit de son réduit, se découvrit au Feld-Maréchal, lui annonça ^a réunion aux négociateurs, et, sa conscience ainsi allégée, il osa se joindre ouvertement à ses collègues*

Ce fut le 5 avril, vers trois heures du matin seulement, qu'arrivés enfin à Paris ils furent admis devant l'Empereur Alexandre. Le Roi de Prusse était présent. A l'aspect de ces envoyés de Napoléon, le souvenir d'une longue et cruelle humiliation l'emporta hors de son caractère. Il ne répondit à leur premier salut qu'en leur reprochant durement d'avoir fait le malheur de l'Europe et de la France ! Après quoi, il leur tourna brusquement le dos et se retira*

L'Empereur Russe, au contraire^ les accueillit généreusement. Il arrêta d'abord, du geste et de la voix, Ney qui, tout bouillant, s'était empressé de commencer, et il leur dit : « Qu'avant tout il avait besoin a de leur déclarer l'estime, l'admiration même qu'il (f portait à la bravoure de l'armée Française et àl'ha- <i bileté de ses chefs! Il protesta de ses dispositions « toutes favorables à la France ! Il en voulait lé bontf heur, la sécurité ! Il fallait qu'elle restât grande , « qu'elle fût puissante ! » Ney reprit vivement en insistant pour la Régence, mais dans son ardente chaleur à vouloir assurer le sort désormais privé de l'Empereur, et à exiger l'avènement du Roi de Rome, il s'emportait trop, quand Macdonald, l'interrompant, re-

Page 1