‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 9 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

tolet, il nous revint sans se presser, et sans que l'ennemi eût pu le punir de cette bravade !

Mais au travers de ces escarmouches, les généraux ennemis, émus de la chute de Saint- Priest, avaient reconnu la .Garde Impériale. Us apercevaient leur danger. Déjà même, à leur imprudent déploiement en avant d'un défilé , et devant un adversaire aussi redoutable , succédait la confusion d'une retraite précipitée. Elle s'effectuait avec embarras dans le faubourg, dont un retranchement, fait d'un triple rang de tonneaux remplis de fumier, étranglait le passage. Leur première ligne couvrait ce mouvement; c'étaient ces huit cents lanciers Russes contre lesquels nous escarmouchions, et que, du sommet du plateau de Sainte-rGeneviève , douze canons et trois mille fantassins soutenaient contre nos efforts.

La journée pourtant avançait plus que le combat. L'Empereur voulut en finir. Ricard et son infanterie eurent l'ordre d'attaquer à la baïonnette, par la • route de Soissons. Quant à nous, par un brusque mouvement sur notre droite , sous le feu des batteries russes, on nous envoya, par Bezannes, entre les routes d'Épernay et de Louvois. L'Empereur nous faisait ainsi tourner la gauche de l'ennemi, et prendre à revers ce plateau de Sainte-Geneviève, que deux batteries et six bataillons Russes couronnaient encore.

Arrivés sur ce nouveau terrain, nous vîmes, en arrière de ce plateau, à nu, de flanc, à mille pas de nous , l'entrée du faubourg. De notre côté un fossé de grande route seul en marquait la trace, et du côté opposé quelques maisons seulement. Mais la cavalerie

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ennemie , en dedans du cercle que nous venions de parcourir, avait suivi notre mouvement; elle vint masquer à notre agression le côté ouvert de ce faubourg , pendant que derrière elle toute son artillerie s'y précipitait. Je reçus Tordre de jeter, avec un seul escadron de ma brigade, ces huit cents chevaux dans la ville. Je partis aussitôt, ne doutant pas que le reste de notre division, soutenu par les quinze cent^ sabres de Bordesoulle, maintiendraient l'infanterie qu'ils avaient en face , dont j'allais couper la retraite, et qu'ils profiteraient de son premier ébranlement pour la rompre.

Nous chargeâmes donc, un contre huit; cette cavalerie s'effaroucha, elle n'osa tenir, et se rua dans le faubourg. Mais, le trouvant encombré d'artillerie, il lui fallut faire front, s'adosser aux maisons et nous attendre. Nous y fûmes presqu'aussitôt qu'elle. Là, séparé^ seulement par le fossé et la largeur de la route, je fis halte pour rallier, en échangeant quelques coups de feu. Cependant, n'apercevant dans la plaine rien à mon appui contre l'infanterie russe en marche pour rentrer derrière moi dans le faubourg, trois fois j'envoyai presser ce mouvement, d'où dépendait à la fois la prise de Reims et de cette arrière-garde. Enfin, trompé par l'approche de nos tirailleurs et pressé par l'occasion, j'ordonnai la charge. A ce commandement les Gardes, leur chef d'escadron d'Ândlau en tête , franchissant le fossé , écrasèrent d'un seul élan, contre le mur auquel ils s'étaient adossés, les lanciers Russes. Ceux-ci, au lieu de se défendre, ne songèrent qu'à s'échapper dans le fau-

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