CHAPITRE IL
sonne, où les génëraux Chastel et Lucotte^ restés fidèles, les avaient reçus. Les murmures alors avaient éclaté dans toute la colonne !
Malheureusement un reste de confiance et Thabitude de la discipline avaient contenu nos soldats et trompé leur obéissance. Leurs généraux s'épuisaient encore en protestations, quand le jtiur, paraissant enfin, en avait moptré le mensonge. Dès lors le désordre était monté à son comble. Jusqu'à Versailles la marche, à tout moment interrompue, n'avait été qu'une longue révolte! On voulut alors vainement les haranguer. Officiers, soldats, tous, dans leur impuissant désespoir, se débandèrent. Les uns brisaient leurs ariïjes déshonorées; d'autres les déchargèrent sur les traîtres ! Le crime eût été expié sur le lieu même, sans leur fuite précipitée. Elle déroba ces chefs coupables à leurs victimes. F.n même temps le colonel Ordener, ralliant ces troupes* indignées, se mit à leur tète ; et tous se dirigèrent précipitamment vers Rambouillet , pour tenter de se rejoindre à l'Empereur.
On a vu la douleur éperdue de Marmont à la première nouvelle de cet événement. Il eût pu se relever encore , en rejeter la responsabilité ; mais Talleyrand étendit sur lui sa fatale influence, et l'infortuné, la tête perdue dans une confusion de remords , se laissa replonger dans l'abime d'où il s'efforçait de s'arracher depuis la veille. Fabvier, depuis plus d'une heure, l'attendait à la porte de cet hôtel. Il le vit enfin en sortir abattu, la figure bouleversée, s'efforçant de composer sa contenance. Un pénible sou-
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rire contracta ses traits; il remercia Fabvier, et le renvoya en balbutiant .<c c^ue tout iétait arrange, qu'il « n'y avait plus rien à fairç ! »
On venait de lui persuader d'accepter tout entière la faute dont il n'était plusx^oupabte. Bien plus, ainsi retombé, apprenant la révolte de Versailles, il part avec précipitation de chez Talleyrand .: il rejoint son corps d'armée, et, l'arrêtant en dépit dé la résistaiice d'Ordener, il harangue ses soldats , il en invoque les souvenirs ^ il leur rappelle sa fidélité et son dévouement passés, il.en atteste ses blessures, qu'il leur montre, et, ressaisissant un reste d'autorité^ il achève de tromper leur confiance et d'obtenir leur résignation, en leur annonçant la paix , dont il leur déclare faussement la signature!
Déplorable fin d'un guerrier justement illustre ! Car Marmont avait tout pour lui : complexion martiale, noblesse d'âme , de manières et de figure, instruction variée , que faisaient valoir un esprit piquant et une imagination ardente. Constamment épris de la gloire, tous les biens qu'elle donne, il les exposait héroïquement après les avoir conquis , méprisant le péril , comme vingt-deux ans plus tôt quand il avait tout à conquérir. Mais, plus glorieux que sa gloire, l'orgueil le perdit. Sa chute fut d'autant plus grande qu'il tomba le lendemain de l'action la plus héroïque de toute sa vie , et peut-être même de toutef la guerre !