‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 95 sur 302 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Il était onze heures, quand les maréchaux Macdonald , Ney et le Duc de Vicence furent une seconde fois introduits chez Alexandre. Les premières paroles de ce Prince furent décisives. Il leur dit : « Que la « Régence était devenue impossible ; que trop d'in- « térêts, étrangers, français même, s'y opposaient! « Elle menacerait du retour de Napoléon ; son règne « continuerait ; l'Europe n*en voulait plus ! L'opinion « de la France s'y montrait contraire ! L'armée elle- « même , loin d'être unanime comme ils l'avaient an- « nonce , s'en détachait : la défection du corps du « Duc de Ragiise en était la preuve ! Il fallait donc « chercher un autre Souverain ! C'était aux Français « de se décider ; la Coalition les laissait libres de choi- « sir : leur pays ne manquait pas d'hommes illustres, « ou l'Europe , de Princes dignes de fixer le choix de « la France , et d'en occuper convenablement le « Trône. Hors Napoléon et sa Dynastie, les Alliés « n'excluaient personne. »

Il affecta de ne point nommer les Bourbons, qui seuls, en ce moment, étaient devenus possibles.

Ici Caulaincourt se récria douloureusement : il demanda quel serait donc le sort qu'on destinait à l'Empereur Napoléon. Et^l'Empereur Russe allait répondre, quand Macdonald, élevant avec fierté la tête et la voix , s'anima d'un mouvement plus noble encore que celui du Duc de Vicence. Il l'interrompit hautement en déclarant : que leur Empereur leur

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avait prescrit : « De ne point s'occuper de son avece nir! » A ces mots, et sur un cri de surprise de l'Autocrate, le maréchal ajouta : que telles étaient ses instructions; et, les déployant , il les présenta à l'Empereur Alexandre*

Ce Prince les saisit avidement. Il lut qu'elles enjoignaient aux plénipotentiaires : « De ne traiter que des « intérêts de la France et non de ceux de sa perce sonne ! n Alors, dans son émotion , sentant sa victoire vaincue par ce généreux abandon que Napoléon faisait de lui-même, il s'écria : « Qu'il l'en estimait <c plus encore ! » Et , s'exaltant , il rappela l'ancienne amitié a qui les avait unis ; il protesta de sa cons- (c tante admiration pour un aussi grand homme. Il (c attribua leur rupture à leur coalition contre le (( commerce anglais. C'était au risque de sa propre '< vie, qu'il en avait observé les conditions; pourquoi « Napoléon les avait-il enfreintes? Pourquoi s'é- « tait-il refusé à ce qu'il s'en écartât pareillement? (( De là, la guerre de 1812, acceptée par la Russie, <c non provoquée par elle, l'invasion jusqu'à Moscou, « et l'incendie de cette capitale! »

Macdonald ici répliqua : que sans doute il n'attribuait pas à l'armée Française cette catastrophe, Alexandre en convint , mais en évitant , ou d'en accuser ses peuples , ou d'en faire honneur à leur patriotisme. Et en effet, Rostopchine seul, et peut-être aussi Kutusow en pouvaient réclamer la gloire. Alors surtout s'échauffant plus encore, et s'attendrissant sur la grandeur de la chute de son rival : « Tous ses « griefs, dit-il , étaient oubliés! Sa première amitié

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