CHAPITRE IV. 18t
cien aide de camp qu'il comptait le plus, et son premier mouvement fut incrédule. Mais bientôt convaincu, il cessa de se récrier, et muet, le regard fixe, retombant accablé sur le siège d'où la première nouvelle de cette trahison si inattendue l'avait arraché subitement, il demeura longtemps absorbé dans la méditation la plus douloureuse, a L'ingrat! 11 sera <( plus malheureux que moi ! » furent les seuls mots qui lui échappèrent.
Enfin son cœur, oppressé, s'épancha. Il appela Fain; et, se relevant, son génie ardent, enchaîné pour la première fois dans la révolte des chefs qui l'entouraient, déborda. Il se répandit dans la dictée rapide d'un ordre du jour , long cri de douleur rempli d'amertume, ce La fidélité de l'armée y fut invo- « quée et louée! La trahison de Marmont, celle du a Sénat , dénoncées ! Les abaissements redoublés de <( ce Corps, ses décrets, ses adulations pendant sa « longue fortune, n'avaient-ils pas été complices des « excès de gloire qu'on reprochait à son Règne! » Puis, rappelant qu'il ne tenait sa Dignité que de Dieu et de la Nation, il ajouta : ce Qu'eux seuls pouvaient tf Ten priver! Que, Dieu ou la Fortune s'étant dé- « claré contre lui , c'était à la nation d'en décider! « Qu'au reste, puisqu'il paraissait être le seul obs- <( tacle à la paix, il se sacrifiait à la France! » Et il annonça le départ de ses plénipotentiaires pour régler les conditions de ce sacrifice.
Ceux-ci revenaient en ce moment même; ils lui rapportaient sa ruine complète : résultat qu'il n'avait que trop prévu, et que la trahison d'Essonne rendait
désormais irrémédiable! H les écouta sans surprise. Ses premiers mots, quand ils accusèrent surtout les généraux du corps de Marmont, furent : '< C'est moi, « sans doute, qui les aurai décidés : j'ai fait appeler (f Marmont ; ils se seront crus découverts , et , dans a leurs remords , l'effroi aura fait le reste ! »
Quand l'offre de l'ile d'Elbe lui fut soumise, il la reçut sans émotion. Seulement, à ces mots a ou autre a chose, » il s'écria : « Ah! la Corse, sans doute! ils « auront craint le sobriquet; ils n'auront osé proa noncer ce nom, dont ils m'ont fait une injure! »
Dès lors, s'enveloppant dans une froide indifférence, il parut résigné à tout : soit répugnance ou dédain pour toute négociation personnelle^ soit dépit contre les chefs qui l'avaient abandonné, qui même venaient de conclure, en leurs seuls noms, un armistice , et qui déjà lui avaient interdit le commandement, car Berthier avait obéi. C'est pourquoi, lorsqu'il fut question de l'armée , il répondit sèchement : <c Que puisqu'il était sans pouvoir, il n'avait plus à c s'occuper d'elle !^» Affectant ensuite de ne plus son* ger qu'à son établissement dans son exil , il demanda s'il y trouverait une maison qu'il pût habiter; et: il ordonna devant eux^ qu'on recherchât tous les officiers capables de lui donner des renseignements sur cette ile. Dans ce court mouvement d'humeur il congédia les maréchaux, -
Ainsi déchargé de leur présence , et renfermé dans son intérieur, l'espoir en lui sembla renaître. Il s'indigna de succomber sans combattre ! Il crut à la possibilité d'une réaction parmi les siens, et il en ap-