‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 109 sur 232 · HIST. R MÉM. — T · texte numérisé non relu

HIST. R MÉM. — T

m LIVRE NEUVIÈME.

veau bivouac daps de trompeuses ruines ^ plus froides encore que les forêts qu'ils viennent de quitte^ !

Alors seulement ces hommes débandes cherchent leurs drapeaux; ils les rejoignent momentanément pour y trouver des vivres; mais tout le pain qu'on avait pu confectionner venait d'être distribué : il n'y avait plus de biscuit , point de viande. On leur délivra de la farine de seigle , des légumes secs et de l'eau-de-vie. Il fallut des efforts inouïs pour empêcher les détachements des différents corps de s'entretuer aux portes des magasins; puis^ quand après de longues formalités ces misérables vivres étaient délivrés^ les soldats refusaient de les porter à leurs régiments : ils se jetaient sur les sacs , en arrachaient quelques livres de farine^ et s'allaient cacher pour les dévorer. Il en fut de même pour l'eau-de-vie. Le lendemain on trouva les maisons pleines des cadavres de ces infortunés.

Enfin cette funeste Smolensk, que l'armée avait •crue le terme de ses souffrances, n'en marquait que les commencements ! Une immensité de douleurs se déroulait devant nous : il fallait marcher encore quarante jours sous ce joug de fer! Les uns/ déjà surchargés des maux présents , s'anéantirent et succom* bèrent devant cet effrayant avenir; quelques autres se révoltèrent contre leur destinée : ils ne comptèrent plus que sur eux-mêmes , et résolurent de vivre à ifuelque prix que ce fût.

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