‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 110 sur 232 · CHAPITRE XIV. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. m

Dès lors, suivant qu'ils se trouvèreiit les plus forts ou les plus faibles, ils arrachèrent violemment ou dérobèrent à leurs compagnons mourants leurs subsistances, leurs vêtements, et même For dont Us avaient rempli leurs sacs au lieu de vivres. Puis ces misérables, que le désespoir avait poussés au brigandage , jetaient leurs armes pour sauver leur infâme butin, profitant d'une position commune, d'un nom obscur, d'un uniforme devenu méconnaissable, et de la nuit, enfin de tous les genres d'obscurités, toutes favorables à la lâcheté et au crime! Si des écrits, déjà publiés^ n'avaient pas exagéré ces horreurs , je me serais tu sur des détails si dégoûtants; car ces atrocités furent rare$9 ^^ ^'^^ ^^ justice des plus coupables.

L'Empereur arriva , le 9 novembre , au milieu de cette scène de désolation. Il s'enferma dans Tune des maisons de la place neuve , et n'en sortit , le i4 7 que pour continuer sa retraite. Il comptait sur quinze jours de vivres et de fourrages pour une armée de cent mille hommes : il ne s'en trouvait pas la moitié en farine, riz et eau-de-vie! La viande manquait. On entendit ses cris de fureur contre l'un des hommes chargés de cet approvisionnement. Le munitionnaire n'obtint la vie qu'en se traînant longtemps sur ses genoux aux pieds de Napoléon ! Peut-être les raisons qu'il donna firent-elles plus pour lui que ses supplications.

« Quand il arriva , dit-il , les bandes de traîneurs

i< qu'en s'avançant rarmée laissa derrière elle, ayaieat a comme enveloppé Smolensk de terreur et de des- « truction. On y mourait de faim comme sur la route. « Lorsqu'un peu d'ordre avait été rétabli , les juifs (c seuls s'étaient d'abord offerts pour fournir les vice vres qui manquaient. De plus nobles motifs avaient « ensuite attiré les secours de quelques Seigneurs lice thuaniens. Enfin la tète des longs convois de vivres, « rassemblés en Allemagne , avait paru. C'étaient les a Toitures comtoises; elles seules avaient traversé les •< sables lithuaniens, encore n'avaient-elles apporté ce que deux cents quintaux de farine et de riz ; pince sieurs centaines de bœufs allemands et italiens cr étaient aussi arrivés avec elles.

ce Cependant l'entassement des cadavres dans les ce maisons, les cours et les jardins, et leurs exlialaisons ce morbifîques, empestaient Fair. Les morts tuaient ee les vivants. Les employés, comme beaucoup de ce militaires , avaient été atteints : les uns étaient dece venus comme imbéciles ; ils pleuraient, ou fixaient ce sur la terre un œil hagard et opiniâtre. 11 y en avait e< eu dont lés cheveux s'étaient roidis , dressés et torée dus en cordes; puis, au milieu d'un torrent de « blasphèmes, d'une horrible convulsion, ou d'un ce rire encore plus afTreux , ils étaient tombés morts.

ec En même temps il avait fallu promptement ec abattre le plus grand nombre des bœufs amenés <c d'Allemagne et d'Italie : ces animaux ne voulaient

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