CHAPITRE II
les colonnes Irop considérables , quand les hommes^, les canons et les bagages sont entassés sur une même route. Il réussit. Dix mille Français , Suisses et Croates , ayant en queue cinquante mille Russes , se retirèrent sur quatre colonnes , lentement , sans se laisser entamer, et forçant Wittgenstein et. Steinheil à n'avancer, en huit jours , que de trois journées.
En reculant ainsi vers le s;ud , ils couvraient le flanc «droit de la route d'Orcha à Borîzof, par laquelle l'Empereur revenait de Moscou. Une seule colonne , •celle de gauche, reçut un échec. C'était celle de de AVrede et de ses quinze cents Bavarois , augmentés d'une .brigade de cavalerie française, qu'il gardait malgré les ordres de Saint-Cyr. Il marchait à volonté. Son orgueil blessé ne se pliait plus à l'obéissance. Il lui en coûta tous ses bagages. Puis , sous prétexte de mieux servir la cause commune en couvrant la ligne d'opération de Vilna à Vitepsk, que l'Empereur avait abandonnée, il se sépara du deuxième corps , se relira par Klubokoé sur Vileïka , et se rendit inutile.
Le mécontentement de de Wrede datait du 19 août. Ce général pensait avoir eu une grande part à la victoire du 1 8 , et qu'on la lui avait faite trop petite sur le rapport du lendemain. Depuis , il s'aigrit de plus en plus par ce souvenir, par ses plaintes et par les conseils d'un frère qui, dit-on, servait dans l'armée autrichienne. On ajoute aussi que, dans les derniers moments de la retraite, le général saxon
Thielmann Tentraina dans ses projets d'affranchissement de rAUemagne.
Cette défection fut à peine sentie. Le Duc de Bellune et \ingt-cinq mille hommes accouraient de Smolensk. Le 3i octobre il se réunissait à Saint-Cyr, devant Smoliany, dans Tinstant même où Wittgenstein , ignorant cette jonction y et se fiant à sa supériorité , traversait la Lukolmlia, s'adossait imprudemment à des défilés , et attaquait nos avant-postes. Il ne fallait qu'un effort simultané des deux corps français pour le détruire. Les soldats, les généraux du deuxième corps brûlaient d'ardeur. Mais quand la victoire était dans leurs cœurs, et que, la croyant devant leurs yeux, ils demandaient le signal du combat, Victor donna celui de la retraite.
On ignore si celte prudence , qu'on jugea intempestive, vint de la défiance que lui inspiraient un terrain qu'il voyait pour la première fois et des soldats qu'il n'avait pas encore éprouvés. Il se peut qu'il n'ait pas cru devoir risquer une bataille dont la perte eût, il est vrai, entraîné celle de la Grande Armée et de son Chef.
f ' Après s'être replié derrière la Lukôlmlia et s'y être défendu le jour, il profita de la nuit pour gagner Sienno. Le général russe s'apercevait alors du danger de sa positiott. Elle était si critique, qu'il ne profita de notre mouvement rétrograde et du découragement dont il fut suivi que pour se retirer.