‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 116 sur 232 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Les officiers qui nous donnèrent ces détails ajoutèrent que^ depuis ce moment ^ Wittgenstein n'avait plus songé qu'à reprendre Vitepsk et à se défendre. Probablement il crut trop téméraire de tourner la Bérézina par ses sources pour se joindre à Tchitchakofy car un bruit sourd ^ qui déjà se répandait, nous menaçait de la marche de cette armée du midi , sur Minsk et Borizof , et de la défection de Schwartzenberg.

Ce fut à Mikalewska ^ le 6 novembre , dans ce jour de malheur où Napoléon venait de recevoir la nouvelle de la conjuration de Mallet, qu'il apprit la jonction des deuxième et neuvième corps et le combat désavantageux de Czazniki. Il s'irrita , et fit dire au Duc de Bellune de rejeter sur-le-champ Wittgenstein derrière la Dùna ; que le salut de l'armée en dépendait. Il ne dissimula pas à ce Maréchal qu'il arrivait à Smolensk avec une armée harassée et une cavalerie toute démontée.

Ainsi les jours heureux étaient passés; de toutes parts arrivaient des nouvelles désastreuses : d'un côté, Polotsk, la Diinà , Vitepsk , perdus , et Wittgenstein déjà à quatre journées de Borizof; de l'autre , vers Elnia, Barag4iey-d'Hilliers culbuté. Ce général s'est laissé enlever la brigade Àugereau , des magasins , et cette route d'Elnia , par laquelle Kutusof peut désormais nous prévenir à Krasnoé , comme il l'a fait à Yiazma.

En même temps , de cent lieues en avant de nous,

SchwarUfnberg annonçait à FEmpereur qu'il cou* vrait Varsovie , c'est-à-dire qu'il découvrait Minsk et Borizof 9 le magasin , la retraite de la Grande Armée ^ et que peut-être l'Empereur d'Autriche livrait son gendre à la Russie.

Dans le même moment , derrière et au milieu de nous y le Prince Eugène était vaincu par le Wop; les chevaux de trait j qui nous avaient attendus à Smolensk , étaient dévorés par les soldats ; ceux de Mortier enlevés dans un fourrage ; les troupeaux de Krasnoé pris ; d'affreuses maladies se déclaraient dans l'armée , et dans Paris le temps des conspirations paraissait revenu : tout enfin se réunissait pour accabler Napoléon!

Chaque jour les» états de situation , qu'il reçoit de chacun de ses corps , sont comme des bulletins de mourants : il y voit son armée , conquérante de Moscou, réduite de cent quatre-vingt mille hommes à trente mille combattants encore en ordre. A cette foule de malheurs il ne peut opposer qu'une résistance inerte, une fermeté impassible, une attitude inébranlable. Sa figure reste la même; il ne change rien à ses habitudes, rien à la forme de ses ordres : à les lire , on croirait qu'il commande encore à plusieurs armées. Il ne hâte même pas sa marche. Seulement,, irrité contre la prudence du Maréchal Victor, il lui renouvelle l'ordre d'attaquer Wittgenstein , et d'éloigner ce danger qui menace sa retraite. Quant à

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