CHAPITRE H
Baraguey-d'Hilliers , qu'un officier vient d accuser, il le fait comparaître et le renvoie ^ Berlin , où ce général , accablé des fatigues de la retraite , et abattu sous le poids du chagrin , succombe avant d'avoir pu se défendre.
Cette inébranlable fermeté que conservait Napoléon était la seule qui convint à une si grande âme et à une si irréparable infortune ; mais ce qui surprenait, c'était qu'il laissât le sort lui arracher tout, plutôt que de sacrifier une partie pour sauver le reste. Ce fut d'abord sans son ordre que les chefs de corps brûlèrent des bagages et détruisirent leur artillerie; pour lui , il laissa faire. S'il donna ensuite quelques instructions pareilles, elles lui furent arrachées ; il semblait qu'il s'attachât surtout à ce que rien de lui n'avouât sa défaîte , soit qu'il crût ainsi faire respecter son malheur, et , par cette inflexibilité , dicter aux siens un courage inflexible; soit fierté (les hommes longtemps heureux, qui précipite leur perte !
Toutefois cette Smolensk , deux fois fatale à Farinée, était un lieu de repos pour quelques-uns. Pendant ce sursis accordé à leurs souffrances, ceux-là se demandèrent : « Comment il se pouvait qu'à Mos- « cou tout eût été oublié : pourquoi tant de bagages « inutiles ; pourquoi tant de soldats , déjà morts de « faim et de froid sous le poids de leurs sacs , char- « gés d'or au lieu de vivres et de vêtements ; et sur-
« avoir liés, les avoir paralysés, en leur opposant « des Autrichiens au sud et des Prussiens au nord? « C'était bien plutôt les Polonais et les Français , mê- « lés à ces alliés dangereux , qu'on avait ainsi rendus ce inutiles!
a Mais , sans aller chercher au loin des causes d'in- « quiétude, T Empereur a-t-il ignoré la joie des Russes ic quand , trois mois plus tôt , il se heurta si rudement <c contre Smolensk, au lieu de marcher à droite, vers « Elnia , où il eût coupé l'armée ennemie de sa capi- « taie? aujourd'hui que la guerre est ramenée sur les « mêmes lieux , ces Russes , dont tous les mouvements « sont plus libres que ne l'étaient les nôtres , nous « imiteront-ils? Se tiendront-ils derrière nous, quand « ils peuvent se placer en avant de nous , sur notre « retraite?
a Répugne-t-il à Napoléon de supposer l'attaque de
« Kutusof plus audacieuse que ne l'a été la sienne? « Les circonstances sont-elles donc les mêmes? Tout, fc dans la retraite des Russes , ne les a-t-il pas sec( condés, tandis que dans la nôtre tout nous est « contraire? Augereau et sa brigade enlevés sur cette « route ne l'éclairent-ils point? Qu'avait^on à faire 'c dans cette Smolensk brûlée, dévastée, que d'y pren- « dre des vivres et de passer vite?
<( Mais sans doute TEmpereur croit , en datant cinq « jours de cette ville , donner à une déroute l'appa- « renée d'une lente et glorieuse retraite ! Voilà pour-