CHAPITRE II
« quoi il \ient d'ordonner la destruclion des tours « d'enceinte de Smolensk, ne voulant plus, a-t-il dit, i( être arrêté par ses murailles; comme s'il s'agissait (c de rentrer dans cette ville , quand on ignorait si Ton « en pourrait sortir !
« Croira-t-oa qu'il veut donner le loisir aux artii- <c leurs de ferrer leurs chevaux contre la glace ? Com me « si Ton pouvait obtenir un travail quelconque d'ou- « vriers exténués par la faim, par les marches; de <c malheureux à qui le jour entier ne suffît pas pour « trouver des viyres , pour les préparer, dont les force ges sont al>andonnées ou gâtées, et qui d'ailleurs « manquent des matériaux pour im travail si consi- « dérable!
« Mais peut-être l'Empereur a-t-il voulu se donner « le temps de pousser en avant de lui , hors du danger a et des rangs , cette foule embarrassante de soldats a devenus inutiles , de rallier les meilleurs , et de réorce ganiser l'armée? Comme s'il était possible de faire « parvenir un ordre quelconque à des hommes si a épars , ou de les rallier, sans logements , sans dis- « tributions , à des bivouacs ; enfin de penser à une « réorganisation pour des corps mourants , dont l'enu semble ne tient plus à rien -, que le moindre attou- « chement peut dissoudre ! »
Tels étaient autour de Napoléon les discours o^e ses officiers, ou plutôt leurs réflexions secrètes; car leur dévcHjement devait se soutenir tout entier deux
ans encore, au milieu des plus grands malheurs et de la révolte générale des nations !
L'Empereur tenta pourtant un effort qui ne fut pas tout à fait infructueux : ce fut le ralliement , sous un seul chef 9 de tout ce qui restait de cavalerie; mais, sur trente-sept mille cavaliers présents au passage du Niémen, il ne s*en trouva que dix-huit cents encore à cheval. Napoléon en donna le commandement à Latour-Mauhourg. Personne ne réclama , soit fatigue ou estime.
Quant à Latour-Maubourg*, il reçut cet honneur ou ce fardeau sans joie et sans regret. C'était un être à part : toujours prêt sans être empressé , calme et actif, d'une sévérité de mœurs remarquable, mais naturelle et sans ostentation ; du reste simple et vrai dans ses rapports, n'attachant la gloire qu'aux actions et non aux paroles. Il marcha toujours avec le même ordre et la même mesure , au milieu d'un désordre démesuré ; et pourtant , ce qui fait honneur au siècle , il arriva aussi vite , aussi haut , et aussitôt que les autres.
Cette faible réorganisation , la distribution d'une partie des vivres , le pillage du reste , le repos que prirent l'Empereur et sa Garde , la destruction d'une partie de l'artillerie et des bagages, enfin l'expédition de beaucoup d'ordres , furent à peu près tout le fruit qu'on retira de ce funeste séjour. Du reste tout le mal prévu arriva. On ne rallia quelques centaines