CHAPITRE IV
la droite de la grande route pourrait rester libre , et Ton essaierait d'en profiter.
Trois cents soldats^ formés en trois troupes, fureol les 'seuls qu'on put décider à monter à cet assaut. On \it ces hommes dévoués s'avancer résolument, contre des milliers d'ennemis, sur une position formidable. Une batterie de la. garde italienne s'avança pour les protéger; mais d'abord les batteries russes la brisèrent, et leur cavalerie s'en empara.
Cependant 1^ trois cents Français, que déchire la mitraille, persévèrent; et déjà ils atteignaient la position ennemie, quand soudain, des deux côtés du bois , débouchent au galop deux masses de cavalerie qui fondent sur eux, les écrasent, et les massacrent. Tous périrent, emportant avec eux tout ce qui restait de discipline et de courage dans leur division! %
Ce fut alors que reparut le général Guilleminot. Dans une position si critique, que le Prince Eugène, avec quatre milliers d'hommes affaiblis, restes de plus de quarante-deux mille , n'ait point désespéré , qu'il ait encore montré une contenance audacieuse , on le conçoit de ce chef; mais que la vue de notre désastre et l'ardeur du succès n'aient inspiré aux Russes que des efforts indécis , et qu'enfin ils aient laissé la nuit terminer le combat, c'est ce qui fait encore aujourd'hui le sujet de notre étonnement. La victoire était si nouvelle pour eux, que, la tenant dans leurs mains,
ils ne surent point en profiter : ils remirent au lendemain pour achever.
Mais le Vice-Roi s'apercevait que la plupart de ces Moscovites , attirés par ses démonstrations j s'étaient portés à la gauche de la route j et il attendait que la nuit j cette alliée du plus faible y eût enchaîné tous leurs mouvements. Alors, laissant des feux de ce côté pour tromper Tennemi ^ il s'en écarte , et j tout au travers des champs , il tourne , il dépasse en silence la gauche de la position de Miloradowitch , pendant que, trop sûr de son succès, ce général y rêvait à la gloire de recevoir le lendemain Tépée du fils de Napoléon.
Au milieu de cette marche hasardeuse il y eut un moment terrible. Dans l'instant le plus critique, quand ces hommes, restes de tant de combats, s'écoulaient, en retenant leur haleine et le bruit de leurs pas , le long de l'armée russe ; quand tout pour eux dépendait d'un regard ou d'un cri d'alarme , tout à coup la lune , sortant brillante d'un nuage épais , vint éclairer leurs mouvements. En même temps une voix russe éclate, leur crie d'arrêter, et leur demande qui ils sont. Ils se crurent perdus! Mais Klisky, un Polonais , court à ce Russe , et , lui parlant dans sa langue^ sans se troubler : « Tais-toi , malheureux] lui « dit-il à voix basse. Ne vois-tu pas que nous sommes « du corps d'Ouwarof, et que nous allons en expé- « dition secrète ? d Le Russe , trompé , se tut.