‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 130 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

x\utour de nous , le camp des Russes offrait un spectacle semblable à ceux de Vinkowo , de Malo-Iaroslawejz et de Viazma. Chaque soir, auprès de la tente du général y les reliques des Saints moscovites j environnées d'un nombre infini de cierges, étaient exposées à Tadoration des soldats. Pendant que, suivant leur usage, chacun d'eux témoignait sa dévotion par une suite de signes de croix et de génuflexions mille fois répétés, des prêtres fanatisaient ces recrues par des exhortations qui paraîtraient ridicules et barbares à nos peuples civilisés.

Toutefois , malgré la puissance de ces moyens , le nombre des Russes et notre faiblesse, pendant qu'Eugène s'était brisé contre Miloradowitch , Kutusof, à deux lieues de ce combat, était resté immobile. Dans la nuit suivante, Benîngsen, qu'échauffait l'ardent Wilson, excita vainement le vieillard russe. Lui, se faisant des vertus des défauts de son âge , sa lenteur, son étrange circonspection, il les appelait sagesse, humanité, prudence; voulant finir comme il avait commencé. Car, si l'on peut comparer les petits objets aux grands , sa renommée avait un principe tout opposé à celle de Napoléon , la fortune ayant fait l'un , et l'autre ayant fait sa fortune.

Il se vantait « de n'avancer qu'à petites journées; « de faire reposer ses soldats tous les trois jours : il « rougirait, il s'arrêterait aussitôt , si le pain ou l'eau- « de-vie leur manquait un seul instant. » Puis, s'ap-

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plaudîssanty il prétendait « que, depuis Ylazina, il « escortait Tarmëe française, sa prisonnière, laclia- « tiant dès qu'elle voulait s'arrêter ou s*éloignçr de <c la grande route; qu'il était inutile de se compro- <( mettre avec des captifs ; que des Cosaques, une avant- <c garde , et une armée de canons suffisaient pour les « achever et les faire passer successivement sous le a joug; qu'en cela. Napoléon le secondait admira- « blement. Pourquoi vouloir acheter à la Fortune ce « qu'elle donnait si généreusement? Le terme de la c( destinée de Napoléon n'était-il pas irrévocablement /<(. marqué? C'était dans les marais de la Bérézina que « s'éteindrait ce météore , que s'affaisserait le colosse, a au milieu de Wittgenstein , de Tchitchakof , et de <c lui , en présence de toutes les armées russes. Lui « le leur aurait livré affaibli, désarmé, mourant; c'é- <c tait assez pour sa gloire ! »

A ces discours, l'officier anglais, toujours plus actif et plus acharné , ne répondait qu'en suppliant lie Feld-Maréchal « de sortir quelques instants de son (1 quartier général , de s'avancer sur les hauteurs : là (c il verrait que le dernier moment de Napoléon était (( venu. Lui laissera-t-il dépasser cette frontière de la (f vieille Russie, qui réclame cette grande victime? (( Il n'y a plus qu'à frapper; qu'il ordonne, une charge « suffira, et dans deux heures la face de l'Europe <( sera changée! »

Puis, s'échauffant de la froideur avec laquelle Ku-

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