‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 131 sur 232 · CHAPITRE V. J4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. J4S

tusof récoule , Wilson le menace pour la troisième fois de Findignation universelle 1 « Déjà dans son arfi raée , à la vue de celte colonne traînante , muti- « lée j mourante , qui lui échappe , on entend les Cocf saques s'écrier : Que c'est une honte de laisser <( ces squelettes sorlir ainsi de leur tombeau! » Mais Rutusof, que la vieillesse, ce malheur sans espoir, avait rendu indifférent, s'irrita des efforls qu'on faisait pour l'émouvoir, et, par une réponse courte et violente, il ferma la bouche à l'Anglais indigné.

On assure que le rapport d'un espion lui avait dépeint Krasnoé rempli d'une masse énorme de Garde impériale , et que le vieux Maréchal craignit de compromettre contre elle sa réputation. Mais le spectacle de notre détresse enhardit Beningsen : ce chef d'état-major décida Slrogonof, Galitzin et Miloradowitch,^ plus de cinquante mille Russes avec cent pièces de canon , à oser à la pointe du jour attaquer, malgré Kulusof, quatorze mille Français et Italiens , affamés , affaiblis , et à demi gelés.

C'était là le danger dont Napoléon comprenait toute l'imminence. Il pouvait s'y soustraire; le jour n'était point encore venu. Il était libre d'éviter ce funeste combat, de gagner rapidement, avec Eugène et sa Garde, Orcha et Borizof; là il se rallierait aux trente mille Français de Victor et d'Oudinot, à Dombrowski, à Régnier, à Schwartzenberg, à

lous ses dépôts, et il pourrait encore, Tannée sui-

vante, reparaître redoutable.

Le 17, avant le jour, il envoie ses ordres; il s'arme, il sort, et lui-même, à pied, à la tête de sa Vieille Garde, il la met en mouvement. Mais ce n'est point vers la Pologne, son alliée, qu'il marche , ni vers cette France où il se retrouverait encore le Chef d'une Dynastie naissante et l'Empereur de l'Occident. Il a dit, en saisissant son épée : « J'ai assez fait l'Emue pereur, il est temps que je fasse le général! » Et c'est au milieu de quatre-vingt mille, ennemis qu'il retourne, qu^il s'enfonce pour attirer sur lui tous leurs efforts, pour les détourner de Davout et de Ney, et arracher ces deux chefs du sein de cette Russie qui s'était refermée sur eux.

Le jour parut alors , montrant d'un côté les bataillons et les batteries russes qui , de trois côtés , devant , à droite , et derrière nous , bordaient l'horizon ; et de l'autre. Napoléon et ses six mille Gardes s'avançant d'un pas ferme, et s'allant placer au milieu de cette terrible enceinte. En même temps Mortier, à quelques pas devant son Empereur, développe en face de toute la grande armée russe les cinq mille hommes qui lui restent.

Leur but était de défendre le flanc droit de la grande route, depuis Krasnoé jusqu'au grand ravin, dans la direction de Stachowa. Un bataillon des chasseurs de la Vieille Garde , placé en carré comme

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