‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 133 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Us firent des brèches larges et profondes dans les. rangs de Roguet et de la Jeune Garde ; mais ils tué* rent sans vaincre. - Ces soldats nouveaux , dont la moitié n'avait point encore combattu , reçurent la mort pendant trois heures sans reculer d'un pas, sans faire un mouvement pour l'éviter, et sans pouvoir la rendre , leurs canons ayant été brisés , et les Russes se tenant hors de portée de leurs fusils.

Mais chaque instant renforçait Tennemi et affaiblissait Napoléon. Le bruit du canon et Claparède lavertissaient qu'en arrière de lui et de Krasnoé Beningsen se rendait maître de la route de Lyadi et de sa retraite. L'est , le sud , Touest , étincelaient de feux ennemis; on ne respirait que d'un seul côté qui restait encore libre, celui du nord et du Dnieper, vers ane éminence, au pied de laquelle étaient le grand cliemin et l'Empereur. On crut alors s'apercevoir qu'elle se couvrait de canons. Ils étaient là sur la tête de Napoléon ; ils Tauraient écrasé à bout portant. On l'en avertit ; il y jeta un moment les yeux , et dit ces seuls mots : « Eh bien , qu'un bataillon de mes chas- « seurs s'en empaice! » Puis aussitôt, sans s'en occuper davantage, ses regards et son attention se retournèrent vers le péril de Mortier.

Alors enfin parut Davout au travers d'un nuage de Cosaques, qu'il dissipait en marchant précipitamment. A la vue de Krasnoé , les troupes de ce Maréclml se débandèrent , et coururent , à travers champs ,

pour dépasser la droite de la ligne ennemie , par derrière laquelle elles arrivaient. Davout et ses généraux ne purent les rallier qu'à Krasnoé.

Le premier corps était sauvé , mais on apprenait en même temps que notre arrière-garde ne pouvait plus se défendre dans Krasnoé; que Ney était peutêtre encore dans Smolensk , et qu'il Fallait renoncer a l'attendre. Pourtant Napoléon liésilait : il ne pouvait se résoudre à ce grand sacrifice.

Mais enfin y comme tout allait périr, il se décide; il appelle Mortier, et, lui serrant la main avec douleur, il lui dit : « Qu'il n'a plus un instant a perdre ; que « l'ennemi le déborde dé toutes parts; que déjà Ku- « tusof peut atteindre Lyadi, Orclia même , et le der- « nier repli du Borysthène avant lui; il va donc s'y « porter rapidement avec sa Vieille Garde, pour oc- « cuper ce passage. Davout relèvera Morlier; inais « lous deux doivent s'efforcer de tenir dans Krasnoé « jusqu'à la nuit ; après quoi ils viendront le rejointe dre. w Alors, le cœur plein du malheur de Ney et du désespoir de l'abandonner, il s'éloigne lentement du champ de bataille, traverse Krasnoé, où il s'arrêle encore, et se fait ensuite jour jusqu'à Lyadi.

Morlier voulut obéir, mais les Hollandais de !a Garde perdaient en ce moment, avec un tiers des leurs, un poste important qu'ils défendaient, et l'ennemi avait couvert aussitôt d'artillerie cette position qu'il venait de nous enlever. Roguet, se sentant écrasé

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