CHAPITRE Yll
grand désordre , un cltangement de route achèverait de perdre l'armée ; qu'elle s'égarerait dans ces chemins de traverse , au milieu de forêts stériles et marécageuses; il soutint que la grande route pouvait seule lui conserver quelque ensemhle. Borizof et son pont sur la Bérézina étaient encore libres; il suffirait de l'atteindre.
C est alors qu'il affirma connaître l'existence d'un chemin qui j à la droite de cette ville , s'élève sur des ]K>nts de bois y au travers des marais lithuaniens. Selon lui c'était le seul chemin qui pouvait conduire l'armée à Yilna par Zembin et Molodetchno ^ en lais* santy à gauche, et Minsk, et sa route plus longue d'une journée , et les cinquante ponts brisés qui la rendent impraticable, et Tchitchakof qui l'occupe. Ainsi l'on passerait entre les deux armées ennemies ^ en les évitant toutes deux.
L'Empereur fut ébranlé ; mais comme il répugnait à sa fieité d'éviter un combat , et qu'il ne voulait sortir de la Russie que par une victoire , il appelle le général du génie Dode. Du plus loin qu'il le voit il lui crie « qu'il s'agit de fuir par Zembin . ou d'aller vain - « cre Wittgenstein vers Smoliany ; » et , sachant que Dode arrivait de cette position, il lui demande si elle est attaquable.
Celui-ci répondit que Wittgenstein y occupait une hauteur qui commandait à toute cette contrée bourbeuse; qu'il faudrait louvoyer à sa vue et à sa portent* |
en suivant les plis et les replis que faisait la route , pour s'élever jusqu'au camp des Russes; qu ainsi notre colonne d'attaque prêterait longuement à leurs feux d'abord son flanc gauche j puis son jflanc droit ; que cette position était donc inabordable de front, et que, pour la tourner, il faudrait rétrograder vers Vilep&k , et prendre un trop long circuit.
Alors Napoléon , vaincu dans celte dernière espérance de gloire, se décida pour Borizof. Il ordonna au général Éblé d'aller, avec huit compagnies de sapeurs et de pontonniers , assurer son passage sur la Bérézina , et à Jomini de lui servir de guide ; mais ce fut en disant : <c Qu'il était cruel de se retirer sans « combattre , dç paraître fuir ! Pourquoi n'a-t-il aucun (c magasin , aucun point d'appui , qui lui permette « de s'arrêter et de montrer à l'Europe qu'il sait tou- « jours combattre et vaincre ? »
Toutes ses illusions étaient détruites. A Smolensk , où il était arrivé et d*oii il était parti le premier, il avait plutôt encore appris que vu son désastre. A Krasnoé, où nos misères s'étaient déroulées successivement sous ses yeux, le péril avait été une distraction ; mais à Orcha , il put contempler à la fois et à loisir toute son infortune !
A Smolensk , trente mille combattants , cent cinquante canons , le trésor, l'espoir de vivre et de respirer derrière la Bérézina, restaient encore. Ici c'étaient à peine dix mille soldats, presque sans vête-