‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 14 sur 232 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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s'approvisionnant qu'au printemps et en automne par les eaux, et en hiver par le traînage.

11 maintenait encore, avec un reste d'espoir, Tordre si nécessaire, surtout dans une pareille fuite, quand les débris du désastre de Borodino se présentèrent. Ce long convoi de blessés , leurs gémissements , leurs vêtements et leur linge tout souillés d'un sang noir ; leurs Seigneurs, si puissants, frappés et renversés comme les autres; tout cela était un spectacle d'une nouveauté bien effrayante pour une ville depuis si longtemps éloignée des horreurs de la guerre. La police redoubla d'activité ; mais la terreur qu'elle inspirait^ne put lutter plus longtemps contre une plus grande terreur.

Alors Rostopchin s'adresse encore au peuple; il lui déclare : « Qu'il va défendre Moscou jusqu'à la der- « nière goutte de son sang; qu'on se battra dans les « rues ; que déjà les tribunaux sont fermés, mais qu'il « n'importe : qu'on n'a pas besoin de tribunaux pour « faire le procès au scélérat ! » Puis il ajoute : v Que a dans deux jours il donnera le signal. 11 recom- « mande qu'on s'arme bien de haches, et surtout de « fourches à trois dents, le Français n'étant pas plus «( lourd qu'une gerbe de blé ! Quant aux blessés , il « va , dit-il , faire dire une messe pour eux, et bénir « l'eau pour leur prompte guérison. » Le lendemain il ajouta « qu'il allait se joindre à Kutusof, afm de « prendre les dernières mesures pour exterminer les

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a ennemis. Après quoi, dit-il, nous renverrons au a Diable ces hôtes , nous leur ferons rendre Tàme, et a nous mettrons la main à Fœuvre pour réduire en a poudre ces perfides ! »

En eiTet, Kutusof n'avait point désespéré du salut de sa patrie. Après s'être servi des milices, pendant le combat de Borodino, pour porter les munitions et relever les blessés, il venait d'en former le troisième rang de son armée. A Hojaîsk, sa bonne contenance lui avait fait gagner assez de temps pour mettre de l'ordre dans sa retraite , choisir ses blessés, abandonner ceux qui étaient incurables , et embarrasser larmée ennemie. Plus loin, à Zelkowo, un échec avait arrêté la fougue de Murât. Enfin, le i3 septembre, Moscou vit les feux des bivouacs russes.

Là Toi^eil national, une position heureuse, les travaux qu'on y ajouta , tout fit croire que ce général s'était déterminé à sauver la capitale , ou à périr avec elle. Il hésitait cependant ; et , soit politique ou prudence, il finit par abandonner le Gouverneur de Moscou à toute sa responsabilité.

L'armée russe , dans cette position de Fili , en avant de Moscou, comptait quatre-vingt-onze mille hommes, dont six mille Cosaques, soixante-*cinq mille hommes de vieilles troupes, restes de cent vingt un mille hommes présents à la Moskwa, et vingt mille recrues armées , moitié de fusils et moitié de piques.

L'armée française, forte de cent trente mille hommes

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