CHAPITRE VII. 2C
toujours à cet intrépide compagnon d'armes. Là, comme à Lîady et à Dombrowna, à chaque instant du jour et de la nuit il appelle , il envoie^demander si Ton n'a rien appris de ce Maréchal ; mais rien de son existence ne transpire au travers de l'armée russe : voilà quatre jours que dure ce silence de mort; et pourtant l'Empereur espère toujours !
Enfin , forcé le 20 novembre de quitter Orcha , il y laisse encore Eugène , Mortier et Da'vout , et s'arrête à deux lieue^ de là , demandant Ney , l'attendant encore. C'était une même douleur dans toute l'armée , dont alors Orcha contenait les restes. Dès que les soins les plus pressants laissèrent un instant de repos , toutes les pensées , tous les regards se tournèrent vers la rive russe. On écoutait si quelque bruit de guerre n'annoncerait pas l'arrivée de Ney, ou plutôt ses derniers soupirs; mais l'on ne voyait que des ennemis , qui déjà menaçaiient les ponts du Borysthène! L'un des trois chefs voulut alors les détruire; les autres s'y opposèrent : c'eût été se séparer encore plus de leur compagnon d'armes, convenir qu'ils désespéraient de le sauver, et, consternés d'une si grande infortune, ils ne pouvaient s'y résigner.
Mais enfm avec cette quatrième journée finit resj>oir. La nuit n'amena qu'un repos fatigant. On s'accusait du malheur de Ney, comme s'il eût été possible d'attendre plus longtemps Je troisième corps
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dans les plaines de Krasnoë, où il eût fallu combattre vingt-huit heures de plus , quand il ne restait de forces et de munitions que pour une heure.
Déjà, comme dans toutes les pertes cruelles, on s'attachait aux souvenirs. Davout avait quitté le dernier Tinfortuné Maréchal , et Mortier et le^ Vice-Roi lui demandaient quelles avaient été ses dernières paroles. Dès les premiers coups de canon tirés le i5 sur Napoléon , Ney avait voulu que sur-le-champ on évacuât Smolensk à la suite du Vice-Roi ; Davout s'y était refusé, objectant les ordres de l'Empereur et l'obligation de détruire les remparts de la- ville. Ces deux chefs s'étaient irrités, et, Davout persévérant à demeurer jusqu'au lendemain , Ney , chargé de fermer la marche , avait été forcé de l'attendre.
Il est vrai que, le i6, Davout l'avait fait prévenir de son danger; mais alors Ney, soit qu'il eût changé d'avis, soit irritation contre Davout, lui avait fait répondre c< que tous les Cosaques de l'univers ne l'empe- « cheraient pas d'exécuter ses instructions! »
Ces souvenirs et toutes les conjectures épuisées, on retombait dans un plus triste silence , quand soudain l'on entendit les pas de quelques chevaux, puis ce cri de joie : « Le maréchal Ney est sauvé , il repa- « raît, voici des cavaliers polonais qui l'annoncent! » En effet un de ses officiers accourait : il nous apprit que le Maréchal s'avançait par la rive droite du Borysthène, et qu'il demandait du secours.