‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 143 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ils dirent comment, le 17 novembre, ils étaient sortis de Smolensk avec douze canons , six mille baïonnettes et trois cents chevaux, en y abandonnant cinq mille malades à la discrétion de Tennemi ; et que, sans le bruit du canon de Platof et Texplosion des mines, leur Maréchal n'eût jamais pu arracher aux. décombres de cette ville sept mille traineurs, sans armes, qui s*y étaient abrités. Ils racontent quels furent les soins de leur chef pour les blessés , pour les femmes, pour leurs enfants,* et que cette fois encore le plus brave a été le plus humain !

Aux portes de la ville une action infâme les a frappés d'une horreur qui dure encore. Une mère a abandonné son fils âgé de cinq ans : malgré ses cris et ses pleurs , elle Ta repoussé de son traîneau trop chargé ! Elle-même criait d'un air égaré « qu'il n'avait pas vu « la France! qu'il ne la regretterait pas! qu'elle, elle ^< connaissait la France! qu'elle voulait revoir la « France! » Deux fois Ney a fait replacer l'infortuné

dans les bras de sa mère ,. deux fois elle l'a rejelé sur la neige glacée!

Mais ils n'ont point laissé sans punition ce crime solitaire au milieu de mille dévouements d'une tendresse sublime : celte femme dénaturée a été abandonnée sur cette même neige, d'où l'on a relevé sa victime pour la confier à une autre mère ; et ils montraient dans leurs rangs cet orphelin , que depuis on revit encore à la Bérézina, puis à Vilna, même à Kowno, et enfin qui échappa à toutes les horreurs de la retraite.

Cependant les officiers d'Eugène pressent ceux de Ney de leurs questions; ceux-ci poursuivent : ils se montrent avec leur Maréchal , s'avançant vers Krasnoé j tout au travers de nos immenses débris , traînant après eux une foule désolée, et précédés par une autre foule dont la faim hâte les pas.

Ils racontent comment ils ont trouvé le fond de chaque ravin ren^li de casques, de schakos, de coffres enfoncés , d'habillements épars , de voitur^ et de canons, les uns renversés, les autres encore attelés de chevaux abattus, expirants et à demi dévorés; Comment vers Korithnya , à la fin de leur première journée , une violente détonation , et , sur leurs têtes, le sifflement de plusieurs boulets leiur ont fait croire au commencement d'un combat. Cette décharge partait devant et tout près d'eux , sur la route même , et pourtant ils n'apercevaient point d'enne»

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