CHAPITRE YIII
mis. Ricard et sa division se sont avancés pour les découvrir; mais ils n'ont trouvé , dans un pli de la route j que deux batteries, françaises abandonnées avec leurs munitions, et, dans les champs voisins, . une -bande de misérables Cosaques fuyant^ eflrayés de laudace qu'ils avaient eue d'y mettre le feu, et' du bruit qu'ils avaient fait.
Alors ceux de Ney s'interrompent pour demander a leur tour ce qui s'est passé, quel est donc ce découragement universel , et pourquoi l'on a abandonné à l'ennemi des armes tout entières. N'avait-on pas eu le temps d'enclouer les pièces , ou du moins de gâter leurs approvisionnements?
Jusque-là cependant ils n'avaient , disaient-ils , rencontré que les trapes d'une marche désastreuse. Mais le lendemain tout a changé, et ils conviennent de leurs sinistres pressentiments , quand ils sont arrivés à cette neige rouge de sang , parsemée d'armes en pièces et de cadavres mutilés. Les morts marquaient encore les rangs, les places de bataille; ils se les sont montrés réciproquement. Là avait été la i4* division : voilà encore, sur les plaques de ses schakos brisés, les numéros de ses régiments! Là fut la garde italienne : voilà ses morts , ils en ont reconnu les uniformes ! Mais où sont ses restes vivants? Et ce terrain sanglant, toutes ces formes inanimées, ce silence immobile et glacé du désert et de la mort , ils les ont interrogés vainement : ils n'ont pu pénétrer
ni dans le sort de leurs compagnons ^ ni dans celui qui les attendait eux-mêmes.
Ney les a entraînes rapidement par^dessus toutes ces ruines , et ils se sont avancés, sans obstacle, jusqu'à cet endroit oii la route plonge dans un profond ravin, d'où elle s'élève ensuite sur un large plateau. C'était celui de Katova , et ce même champ de bataille, où , trois mois plus tôt, dans leur marche triomphale, ils avaient vaincu Newerowskoï , et salué Napoléon avec les canons conquis la veille sur les ennemis. Ils ont, disent-ils, reconnu ce terrain, malgré la neige qui le défigurait.
Alors ceux de Mortier s'écrient « que c'était donc « aussi cette même position où l'Empereur et eux les « avaient attendus le 17 en combattant! » Eh bien, repi'ennent ceux de Ney , Kutusof , ou plutôt Miloradowltch , avait pris la place de Napoléon , c»r le vieillard russe n'avait point encore quitté Dobroé.
Déjà leurs hommes déi)andés rétrogradaient en leur montrant ces. plaines de neige toutes noires d'ennemis, quand un Russe, se détachant des siens, a descendu la colline : il s'est présenté seul devant leur Maréchal , et , soit affectation de civilisation , soit respect pour le malheur de leur chef, ou crainte de son désespoir, il a enveloppé de termes adulateurs l'injonction de se rendre!
a C'est Kutusof qui l'a envoyé. Ce Feld-Maréchal « n'oserait faire une si cruelle proposition à un si