‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 151 sur 232 · CHAPITRE IKw · texte numérisé non relu

CHAPITRE IKw

russes semblaient ne s*êlre prêtés qu'à regret , par surprise, et comme forcément , à leur salut !

Mais ce qu'ils redisaient avec horreur, c'était le trouble et l'égarement des femmes et des malades, quand il fallut abandonner dans les bagages les restes de leur fortune, leurs \ivres, enfin toutes leurs ressources contre le présent et l'avenir ! Ils les ont vus se pillant eux-mêmes, choisir, rejeter, reprençjre, et tomber d'épuisement et de douleur sur la rive glacée du fleuve. Ils frémissaient encore au souvenir du cruel spectacle de tant d'hommes épars sur cet abhne, du l'etentissement continuel des chutes , des cris de ceux

qui s'enfonçaient, et surtout de^r pleurs et dij désespoir des blessés qui, de leurs chariots, qu'on n'osait risquer sur ce frêle appui , tendaient les mains à leurs compagnons^ en les suppliant de ne pas les abandonner.

Leur chef voulut alors tenter le passage de quelques voitures chargées de ces malheureux; mais, au milieu du fleuve, la glace s'affaissa et s'entr'ouvrit. On entendit de l'autre bord sortir du gouffre, d'abord des cris d'angoisse déchirants et prolongés , puis des gémissements entrecoupés et affaiblis, puis un affreux silence : tout avait. disparu !

Ney fixait Tabime d'un regard consterné^ quand, au travers des ombres, il crut voir un objet remuer encore : c'était un de ces infok'tunés , un officier, nommé Brîqueville, qu^uné profonde blessure à l'aine

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empédiak de se redresser* Un plateau de glace lavait soulevé. Bientôt on raperçol distindemenl, qui, de glaçoQS en glaçons^ se traînait sur les genoux et sur les mains et se rapprochait. Ney lui-même le recueiliit et le sauva !

Depuis la veille y quatre mille traineurs et trois mille soldats étaient ou mort^ ou égarés ; les canons et tous les bagages perdus ; à peine reslait-il à Ney trois m^ combattants et autant d'hommes débandés. Enfin, quand tous ces sacrifices ont été consonwaés , et tout ce qui avait pu passer réuni, ils ont marché ^ et le fleuve dompté est devenu leur allié et leur guide.

On s'avançait au hasard et avec incertitude , lorsque Tun d'eux, en tombant, reconnut une route frayée. Elle ne l'était que trop, car ceux qui étaient en téla, se baissant, et ajoutant à leurs regards leurs mains, s'arrêtèrent effrayés, s'écriant « qu'ils voyaient des (c traces toutes fraîches d'une grande quaBlité de ca* <c nons et de chevaux! » Ils n'avaient doaê évité une armée ennemie que pour tomber au milieu d'une autre ! Lorsc|u'à peine ils peuvent marcher, il faudra donc encore combattre ! La guerre est donc partout ! Mais Ney les poussa en avant , et, sans s'émouvoir, il se livra à ces traces menaçajites.

Elles le conduisirent à un village , celui de Gusînoé, oii ils entrèrent brusquement; tout y fut saisi : on y trouva tout ce qui manquait depuis AIoscou , habitants, vivres, repos, demeures chaudes, et une cen-

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tatne deCosaqiies, afai sereYeiHèren t prisoDiiters. Ijenrs rapports et la nécessité de se refaire pour oontinuer, y arrêtèrent Ney quelques iiislants.

Vers dix heures onairaieRt atteint deux autres tîIlages et l'on s'y reposait, quand soudain 1 on vit tes forêts environnantes se ren»plir de mouvements. Pendant qu'on s'appelle y qti'on regarde, et qu'on se concentre dans celui de ces deux liaïuenux qui était le plus près du Borystliène , des milliers de Cosaques sortent d'entre tous les arbres , et entourent la iiiatlieureuse troupe de leurs lances et de leurs canons.

C'était Platof et toutes ses Wrdes, qui suivaient la rive droite du Dnieper. lis pouvaient hn'iler ce vU«

lage, mettre la Siiijlesso de Key à découvert et l'achever; mais ils sont restés trois heures immobiles^ sans même tirer; on ignore pourquoi. Ils ont dit qu'ils n'avaient point eu d'ordre ; qu'en ce moment leur chef était hors d'état d'en donner, et qu'en Russie l'on n'ose rien prendre sur soi.

La contenance de Ney les contint : lui et quelques soldats suffirent ; il ordonna même an reste des siens de continuer leur repas jusqu'à la nuit. Alors il a Ëiit circuler Fordre de décamper sans bruit , de s'avertir mutuellement et à voix basse , et de marcher serrés* Puis tous ensemble se sont mis en mouvement ; mais leur premier pas a été comme un signal pour Tennemi : toutes ses pièces ont fait feu , tous ses escadrons se sont ébranlés à la fois.

A ce bniit, les tratneiirs désarmés , encore au nombre de Irois ou quatre mille , prirent Tépouvante. Ce troupeau d'hommes errait ça et là; leur foule flottait égarée y incertaine, se ruant dans les rangs des soldats , qui les repoussaient. Ney sut les maintenir entre lui et les Russes, dont ces hommes inutiles al^sorhèrent les feux. Ainsi, les plus découragés servirent il préserver les phis braves!

En même temps que sur son flanc droit le Maréchal se fait un rempart de ces malheureux , il a regagné les bords du Dnieper, dont il Couvre son flanc gauche , et il marche entre deux , s'avançant ainsi , de bois en bois , de plis de terrain en plis de terrain , profltant de toutes les sinuosités, des moindres accidents du sol. Mais souvent il est obligé de s'éloigner du fleuve ; alors Plalof renvironne de toutes parts.

C'est ainsi que, pendant deux jours et vingt lieues, six mille Cosaques ont voltigé sans cesse sur les flancs de leur colonne réduite à quinze cents hommes armés, la tenant connue assiégée, disparaissant devant ses sorties pour reparaître aussiliot , comme les Scythes leurs ancêtres ; mais avec cette funeste différence , qu'ils maniaient leurs canons montés sur des trai*neaux, et lançaient, en fuyant, leurs boulets, avec la même agilité que jadis leurs pères maniaient leurs arcs et lançaient leurs flèches.

La nuit apporta quelque soulagement , et d'alx>rd on s'enfonça dans les ténèbres avec quelque joie ; mais

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