‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 155 sur 232 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ce fut dans ces premiers jours de marche , vers Borîzof , que le bruit de la prise de Minsk se répandit dans l'armée. Alors les chefs eux-mêmes portèrent autour d'eux des regards consternés : leur imagination, blessée par une si longue suite de spectacles affreux , entrevit un avenir plus sinbtre encore. Dans leurs entretiens particuliers plusieurs s'écriaient « que, « comme Cliarles XII , dans l'Ukraine , Napoléon avait a mené son armée se perdre dans Moscou ! »

Mais d^àutrés n'attribuaient pas à cette incursion nos malheurs actuels. Sans vouloir excuser les sacrifices auxquels on s'était résigné dans l'espoir de terminer la guerre en une seule campagne , ils assuraient « que cet espoir avait été fondé; qu'en poussant sa « ligne d'opération jusqu'à Moscou , Napoléon avait a donné à cette colonne si allongée une base suffi- « samment large et solide.

(c Ils montraient , depuis Riga jusqu'à Bol^ruisk , a la Dûnà, le Dnieper, ITJla et la Bérézina qui en (c marquaient la trace; ils disaient que Macdonald, « Saint-Cyr, et de Wrede, que Victor et Dombrowski « les y avaient attendus; c'étaient, eu y joignant « Sch wart3tenberg , et même Âugereau qui gardait « l'intervalle de l'Elbe au Niémen avec cinquante « mille hommes, près de deux cent quatre-vingt c( miHe soldats sur la défensive , qui , du nord au « midi, avaient appuyé l'agression contre l'Orient « de cent cinquante mille hommes; et ils concluaient

im LIVUE ONZIÈME.

ce âe la que ceU« poinie siir Moscou , quelque aven- (( turense qu'elle partit élre , avait été y «t suffisaiU' ic me»t préparée y et digne du géoie de Napoléon |, et « que son succès avait été possible : anssi n avait-elle c( manqué que par des fautes de détail. y>

Alors ils rappelaient nos pertes inutiles devant Snioiensk, rinaction de Junot à Yaloutina^ et Us soutenaient « que néanmoins la Russie eût été tout entière <( conquise sur le champ de bataille de la Mosk^a , « si Ton y eut profité des premiers succès du Maré- «. cl>al Ney.

« Mais qu'enfin, l'entreprise manquée militairement « par cette indécision , et poliliquement par Fincen- « die de Moscou, l'armée en aurait encore pu revenir « saine et sauve. Depuis noire entrée dans cette ca- « pîtale, le général et l'hiver moscovite ne nous « avaient-ils pas laissé, l'un quarante jours, lautre <c cinquante jours pour nous refaire et nous retirer? »

I>éplorant alors la téméraire obstination des jours de Moscou , et la funeste hésitation de ceux dé Malolarosla^etz, ils comptent leurs malheurs : ils ont perdu depuis Moscou tous leurs bagages , cinq cents canons, trente et une Aigles, vingt-sept généraux, quarante mille prisonniers, soixante mille morts; il ne leur reste que quarante mille traîneurs sans arnœs et huit mille combattants!

Mais enfin , quand leur colonne d'attaque est détrmle, ils demandent ce par quelle fataKté ses re^es,

CUAPITHL I. S<J5

« en se rétmissanl à sa base , qui s*est vigoureusement « maintenue , ne savent plus où s'arrêter , où repren- (( dre haleine ; pourquoi ils ne peuvent pas même se « concentrei|à Minsk et à \ilna , derrière les marais « de la Bérézina , y arrêter l'ennemi , du moins pour « quelque temps , mettre Fhiver de leur parli , et s*y « refaire !

<K Mais non , tout est perdu par un autre côté et '( par une faute , celle d'avoir confié la garde des ma- « gasins et de la retraite de toutes ces braves armées a à un Autrichien , et de n'avoir point placé à Vilna « ou à Minsk un chef militaire , et une force qui pût « ou suppléer l'insuffisance de l'armée autrichienne « devant les deux armées de Moldavie et de Volhia nie réunies , ou prévenir sa trahison. »

Ceux qui se plaignaient ainsi n'ignoraient pas la présence du Duc de Bassano à Vilna; mais, malgré les talents de ce ministre et la haute confiance que l'Empereur avait en lui , ils jugeaient qu'étranger à l'art de la guerre , et surchargé des soins d'une grande administration et de toute la politique , on n'avait pu lui laisser la direction des affaires militaires. Au reste , t^les étaient les plaintes de ceux à qui leurs souffrances laissaient le loisir d'observer. Qu'une faute eût été faite, il était impossible d'en douter; mais de dire comment on eût pu l'éviter, de peser la valeur des motifs qui y entraînèrent, dans une si grande circcmstance et devant un si grand homme, c'est ce

qu'on n*ose décider : on sait d'ailleurs que 9 dans ces entreprises aventureuses et gigantesques , tout devient faute quand le but en est manqué.

Toutefois la trahison de Schwartzenberg n'était point aussi évidente; et pourtant , si l'on en excepte les trois généraux français qui se trouvaient avec cet Autrichien ^ la Grande Armée tout entière l'accusait : « Elle disait que Walpole n'était à Vienne qu'un u agent secret de l'Angleterre; que lui et Metternich «i composaient entre eux de perfides Instructions que x< recevait Schwartzenberg. Voilà pourquoi, depuis « le 20 septembre , jour où l'arrivée de Tchitcliakof a et le combat de Lutsk , sur le Styr, terminèrent la « marche victorieuse de Schwartzenberg , ce Maré- « chai a repassé le Bug, et couvert Varsovie en dé- « couvrant Minsk ; pourquoi il a persévéré dans cette (c fausse manœuvre ; et pourquoi , après un faible « effort vers Brezck-Litowsky , le 10 octolnre, loin a de profiter de la stagnation de Tchitchakof . pour « s'interposer entre lui et Minsk , il a perdu ce temps « en promenades militaires, en marches insignifiantes, a vers Briansk, Byalistock et Volkowitz.

(c II avait donc laissé l'Amiral reposer , rallier ses « soixante, mille hommes , 1^ parlager en deux , lui « opposer Sacken avec une nioitié , et partir le 27 « octobre^ avec l'autre, poMi* s'emparer d^ Minsk, « de Bpri;i:Qf , du magasjuo , du ps^ssa^e de Nappléon et « de ses quartiers d'hiver. Alors seulement Schv7art;iiWt

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