CHAPITRE IIÎ
sons s'ouvrent : une foule sale et dégoûtante en sort tumultueusement. Ces malheureux se précipitent dans les rues avec une joie féroce. Deux hommes , Russe et Français, Tun accusé de trahison, l'autre d'imprudence politique, sont arrachés du milieu de cette horde; on les traîne devant Rostopchin. Celui-ci reproche au Ru^se sa trahison. C'était le fils d'un marchand ; il avait été surpris provoquant le peuple à la révolte. Ce qui alarma, c'est qu'on découvrit qu'il était d'une secte d'illuminés allemands , qu'on nomme Mariinistes^ association d'indépendants superstitieux. Son audace ne s'était pas démentie dans les fers. On crut un instant que l'esprit d'égalité avait pénétré en Russie. Toutefois il n'avoua pas de complices.
Dans ce dernier instant son père seul accourut. On s'attendait à le voir intercéder pour son fils; mais c'est sa mort qu'il demande. Le Gouverneur lui accorda quelques instants pour lui parler encore et le. bénir. « Moi , hénir un traître! » s'écrie le Russe furieux ; et dans l'instant il se tourne vers son fils , et , d'une voix et d'un geste horribles, il le maudit !
Ce fut le signal de l'exécution. On abattit d'un coup de sabre mal assuré ce malheureux. 11 tomba, mais seulement blessé; et peut-être Tarrivée des Français l'aurait-elle sauvé, si le peuple ne s'était pas aperçu qu'il vivait encore. Ces furieux forcèrent les barrières, se jetèrent sur lui, et le déchirèrent en lambeaux.
Cependant le Français demeurait glacé de terreur, quand Rostopcbin , se tournant vers lui : a Pour toi , « dit-il 9 comme Français tu devais désirer l'arrivée « des Français! Sois donc libre, mais va dire aux tiens a que la Russie n'a eu qu'un seul traître , et qu'il est a puni ! y> Alors , s'adressant aux misérables qui l'environnent, il les appelle enfants de la Russie! et leur ordonne d'expier leurs fautes en servant leur patrie. Enfm il sort le dernier de cette malheureuse ville, et rejoint l'armée russe.
Dès lors la grande Moscou n'appartint plus ni aux Russes ni aux Français, mais à cette foule impure, dont quelques officiers et soldats de police dirigèrent la fureur. On les organisa; on assigna à cbacun son poste, et ils se dispersèrent, pour que le pillage, la dévastation et l'incendie éclatassent partout à la fois !