‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 175 sur 232 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

mière nuit ; et le 27, quand le jour avait reparu y tous s'étaient présentés à la fois pour passer les ponts.

Ce fut surtout quand la Garde , sur laquelle ils se réglaient, s'ébranla. Son départ fut comme un signal : ils accoururent de toutes parts; ils s'amoncelèrent sur la rive. On vit en un instant une masse profonde , large et confuse d'hommes, de chevaux et de chariots, assiéger l'étroite entrée des ponts, qu'elle débordait. Les premiers , poussés par ceux qui les suivaient , repoussés par les gardes et par les pontonniers, ou arrêtés par le fleuve , étaient écrasés , foulés aux pieds , ou précipités dans les glaces que charriait la fiérézina. Il s'élevait de cette immense et horrible cohue, tantôt un bourdonnement sourd, tantôt une grande clameur, mêlée de gémissements et d'affreuses imprécations.

Les efforts de Napoléon et de ses premiers lieutenants pour sauver ces hommes éperdus , en rétablissant l'ordre parmi eux, furent longtemps inutiles. Le désordre avait été si grand que , vers deux heures , quand l'Empereur s'était présenté à son tour, il avait fallu employ€r la force pour lui ouvrir un passage. Un corps de • grenadiers de la Garde et Latour-Mau-* bourg renoncèrent, par pitié, à se faire jour au travers de ces malheureux.

Le hameau de Zanivtrki, situé au milieu des bois et à une Iféue de Studzianka , reçut le quartier impérial. Eblé venait alors de faire le dénombrement des ba^

gages dont la rive était couverte. Il prévint TEni' pereur que six jours ne suffiraient pas pour que tant de voitures pussent s'écouler. Ney était présent ; il s'écria c< qu'il les fallait donc brûler sur-le-champ! » Mais Berlhier , poussé par le mauvais génie qui habile les Cours , s'y opposa. Il assura qu'on était loin d'être réduit à cette extrémité. L'Empereur se plut à le croire par entraînement pour l'avis qui le flattait le plus, et par ménagement pour tant d'hommes, dont il se reprochait le malheur, et dont ces voitures renfermaient les vivres et la fortune.

Dans 1$L nuit du ^27 au 28 le désordre cessa par un désordre contraire. Les ponts furent abandonnés, le village de Studzianka attira tous ces tratneurs : en un instant il fut dépecé , il disparut , et fut converti en . une infinité de bivouacs. Le froid et la faim y fixèrent tous ces malheureux. 11 fut impossible de les en arracher. Toute cette nuit fut encore perdue pour leur passage.

Cependant Victor , avec six mille hommes , les défendait contre Wittgenstein. Mais dès les premières lueurs du 28 , quand ils virent ce Maréchal se préparer à un combat , lorsqu'ils entendirent le canon de Wittgenstein tonner sur leur tête, et celui de Tchitchakof gronder en même temps sur l'autre rive , alors ils se levèrent tous à la fois , ils descendirent, ils se précipitèrent en tumulte, et revinrent assiéger les ponts.

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