CHAPITRE Vlll. d
Leur terreur était fondée : le dernier jour de beaucoup de ces malheureux était venu. Wittgenstein et Platof , avec quarante mille Russes de Farmée du nord et de Test , attaquaient les hauteurs de la rive gauche j que Victor, réduit à six mille hommes , défendait. En même temps, sur la rive droite « Tchitcliakof , avec ses vingt-sept mille Russes de l'armée du midi , débouchait de Stachowa contre Oudinot , Ney et Dombrowski. Ceux-ci comptaient à peine dans leurs rangs huit mille hommes, que soutenaient Vescadron sacré ainsi que la Vieille et la Jeune Garde , alors composées de trois mille huit cents baïonnettes et de neuf cents sabres.
Les deux armées russes prétendaient se saisir à la fois des deux issues des ponts , et de tout ce qui n'aurait pas pu se jeter au delà des marais de Zembin. Plus de soixante mille hommes, bien vêtus, bien nourris et complètement armés, en assaillaient dixhuit mille à demi nus , mal armés , mourant de faim , . séparés par une rivière , environnés de marais , enfin embarrassés par plus de cinquante mille traîneurs, malades ou blessés, et par une énorme masse de bagages. Depuis deux jours le froid et la misère étaient tels , que la Vieille Garde avait perdu le tiers de ses combattants , et la Jeune Garde la moitié.
Ce fait et le malheur de la division Partouneaux expliquent l'effrayante réduction du corps de Victor ; et cependant , ce Maréchal contint Wittgenstein pen
dant toute cette journée du 28. Pour Tchitchakof, il fut battu. Le Maréchal Ney et ses huit mille Français , Suisses , et Polonais y suffirent contre vingt-sept mille Russes!
L'attaque de l'Amiral fut lente et molle. Son canon balaya la route, mais il n'osa point suivre ses boulets j et pénétrer par la trouée qu'ils firent dans nos rangs. Pourtant, devant sa droite, la légion de la Vistule plia sous l'effort d'une forte colonne. Oudinot , Dombrowski et Albert furent alors blessés ; bientôt Claparède et Kosikowski éprouvèrent le même sort; on devint inquiet. Mais Ney accourut; il lança, tout au travers des bois et sur le flanc de cette colonne russe , Doumerc et sa cavalerie , qui la défoncèrent , lui prirent deu^ mille hommes , sabrèrent le reste , et décidèrent , par cette charge vigoureuse , du combat qui traînait indécis.
Tchitchakof, vaincu par Ney, fut repoussé dans Stachowa. La plupart des généraux du deuxième corps furent atteints ; car moins ils avaient de trou- . pes , plus il fallait qu'ils payassent de leur personne. On vit beaucoup d'officiers prendre les fusils et la place de leurs soldats blessés.
Parmi les pertes de ce jour, celle du jeune Noailles, aide de camp de Berthier, fut remarquée. Une balle le tua roide. C'était un de ces officiers de mérite, mais trop ardents , qui se prodiguent , et qu'on croit avoir assez récompensés en les employant.