‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 183 sur 232 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Le 29, l'Empereur quitta les bords de la Bërézina, poussant devant lui la foule des hommes débandés , et marchant avec le neuvième corps déjà désorganisé. La veille , le deuxième, le neuvième corps et la division Dombrowski présentaient un ensemble de quatorze mille hommes; et, à Texception d'environ six mille, le reste , n'avait plus forme de division , de brigade, ni de régiment.

La nuit, la faim, le froid, la chute d'une foule d'officiers , la perte des bagages laissés de l'autre côté du fleuve, l'exemple de tant de fuyards, celui, bien plus rebutant, des blessés qu'on abandonnait sur les deux rives, et qui se roulaient de désespoir sur une neige ensanglantée , tout enfm les avait désorganisés :

ils s'étaient perdus dans la masse confuse qui arrivait de Moscou.

C'était encore soixante mille hommes, mais sans ensemble. Tous marchaient péle-méle, cavalerie, fantassins, artilleurs. Français et Allemands; il n'y avait plus ni aile, ni centre. L'artillerie et les voitures roulaient au travers de cette foule confuse, sans

autre instruction que celle d'avancer autant que possible.

Sur cette chaussée , tantôt étroite , tantôt montueuse, on s'écrasait à tous les défilés , pour se disperser ensuite partout où l'on espérait trouver un asile, ou quelques aliments* Ce fut ainsi que Napoléon arriva à Kamen ; il y coucha avec les prisonniers du jour précédent, qu'on parqua. Ces malheureux, après avoir dévoré^ jusqu'à leurs morts, périrent presque tous de faim et de froid.

Le 3o, il fut à Plesczénitzy. Le duc de Reggio, blessé, s'y était retiré la veille avec environ quarante officiers et soldats. Il s'y croyait en sûreté, quand tout à coup le Russe Landskoy , avec cent cinquante hussards , quatre cents Cosaques , et deux canons , pénétra dans ce bourg , et en remplit toutes les rues.

La faible escorte d'Oudinot était dispersée. Le Maréchal se vit réduit à se défendre, lui dix-huitième, dans une maison de bois ; mais ce fut avec tant d'audace et de bonheur, que l'ennemi étonné s'inquiéta , âortit de la ville , et s'établit sur une hauteur, d'où il ne l'attaqua plus qu'avec son canon. Là destinée trop persévérante de ce brave Maréclial voulut que , dans cette échauffourée , il fût encore blessé d'un éclat de bois.

Deux bataillons westphaliens , qui précédaient l'Empereur, parurent enfin, et le dégagèrent, mais tard , et après que ces Allemands et l'escorte du Duc

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