CHAPITRE XJI
Tchitchakof attaqua tard , mais vivement , et nonseulement à coups de fusil mais à la baïonnette; il fut repoussé. Maison faisait en même temps charger les longs ponts de ces bourrées dont Tchaplitz , quelques jours plus tôt , avait négligé Temploi. Dès que tout fut prêt, l'ennemi entièrement dégoûté du com- ]>at 9 et la nuit et les bivouacs bien établis , il passai rapidement le défilé et y fît mettre le feu. En peu d'instants ces longues chaussées tombèrent en cendres dans leurs marais, que la gelée n'avait point encore rendus praticables.
- Ces fondrières arrêtèrent l'ennemi et le forcèrent à se détourner. Aussi, pendant le jour suivant, la marche de Ney et de Maison fut-elle tranquille. Mais le surlendemain, i®' décembre , comme ils arrivaient en vue de Pleszczénitzy , voilà qu'ils aperçoivent toute la cavalerie ennemie qui accourt et qui pousse à leur droite Doumerc et ses cuirassiers. En un instant ils sont débordés et altaqués de toutes parts.
En même temps Maison voit le village par où il doit se retirer tout rempli de traîneurs. Il envoie leur
crier de fuir promptement; mais ces malheureux, affamés, n'écoutant, ne voyant rien, refusent de quitter leurs repas commencés , et bientôt Maison fut repoussé sur eux dans Pleszczénitzy. Alors seulement, il la vue de l'ennemi et au bruit des obus , tous ces infortunés s'ébranlent à la fois; ils se précipitent , ils
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'affluent de toutes paris dans la grande rue qu'ils encombrent.
Maison et sa troupe se trouvèrent tout à coup comme perdus au milieu de cette foule eflTarée qui les pressait, qui les étouflait, et leur ôtaît jusqu'à Tusage de leurs armes. Ce général n'eut 4'Autre ressource que de recommander aux siens de rester serrés et immobiles, et d'attendre que le flot se fût écoulé. La cavalerie ennemie joignit alors cette masse et s'y embourba ; elle n'y put pénétrer que lentement et à force de tuer.
Enfin la cohue s'étant dissipée découvrit auiL Russes Maison et ses soldats qui les attendaient de pied ferme. Mais, en fuyant , cette foule avait entraîné dans son désordre une partie de nos combattants. Maison , dans une plaine rase , et avec sept à huit cents hommes devant des milliers d'ennemis , perdit tout espoir de salut : déjà même il ne cherchait plus qu'à gagner un bois pour y vendre plus chèrement sa vie , quand il en vit sortir dix-huit cents Polonais , troupe toute fraîche , que Ney avait rencontrée et qu'il amenait à son secours. Ce renfort arrêta l'ennemi et assura la retraite jusqu'à Malodeczho.
Le 4 décembre , vers quatre heures du soir, Ney et Maison aperçurent ce bourg , d'où Napoléon était parti le matin même. Tchaplitz les suivait de près. H ne restait plus à Ney que six cents hommes. La faiblesse de cette arrière-garde , l'approche de la nuit , et la
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\ue d'un abri excitèrent l'ardeur du général russe : son attaque fut pressante. Ney et Maison j sentant bien qu'ils mourraient de froid sur la grande route ^ s'ils se laissaient pousser au delà de ce cantonnement^ préférèrent périr en le défendant.
Ils s'arrêtèrent à son entrée , et , comme leurs chevaux d'artillerie étaient mourants, ils ne songèrent plus à sauver leurs canons , mais à en écraser, pour la dernière fois , l'ennemi : c'est pourquoi ils mirent en batterie tout ce qui leur en restait et firent un feu terrible. La colonne d'attaque de Tchaplitz en fut toute brisée ; elle s'arrêta. Mais ce général , usant de sa supériorité , détourna une partie de ses forces vers une autre entrée ; et déjà ses premières troupes avaient franchi les enclos de Malodeczno, quand tout à coup elles y rencontrèrent un autre combat.
Le bonheur voulut que Victor, avec environ quatre mille hommes, restes du neuvième corps, occupât encore ce village. L'acharnement y fut extrême : on s'enleva plusieurs fois, de part et d'autre, les premières maisons. Des deux côtés on combattit moins pour la gloire que pour se conserver ou s'arracher un refuge contre un froid meurtrier. Ce ne fut qu'à onze heures du soir que les Russes y renoncèrent , et qu'à demi gelés ils allèrent en chercher un autre dans les villages environnants.
Le lendemain 5 décembre , Nev et Maison crurent que le Duc de Bellune les remplacerait à l'arrière-
garde ; mais ils s'aperçurent que ce Maréchal , suivant ses instructions , s*ëtait retiré , et qu'ils étaient seuls dans Malodeczno avec soixante hommes ; tout le reste avait fui : leurs soldats , que jusqu'au dernier moment les Russes n'avaient pu vaincre, l'atrocité du climat les avait vaincus ; les armes leur tombaient des mains y et eux-mêmes tombaient à quelques pas de leurs armes!
Maison, en qui une grande force d'âme s'alliait, dans une juste proportion , à une grande force de corps , ne s'étonna point ^ il continua sa retraite jusqu'à Bienitza, ralliant à chaque pas des hommes qui lui échappaient sans cesse , mais enfin marquant encore, avec quelques baïonnettes, larrière-garde. Il n'en fallut pas davantage ; car les Russes , glacés euxmêmes, et forcés de se disperser avant la nuit dans les habitations voisines, n'osaient en sortir qu'au grand jour. Alors ils recommençaient à nous suivre, mais sans attaquer; car, à l'exception de quelques efforts engourdis, la violence de la température ne permettait de s'arrêter, ni pour préparer une attaque , ni pour se défendre.
Cependant Ney, surpris du départ de Victor, l'avait rejoint; il s'était efforcé de l'arrêter; mais le Duc de Bellune , ayant l'ordre de se retirer, s'y était refusé. Ney lui avait alors demandé ses troupes, s'olTrant de le remplacer dans son commandement ; mais Victor n'avait voulu ni céder ses soldats , ni prendre sans