‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 19 sur 232 · CHAPITRE iV · texte numérisé non relu

CHAPITRE iV

OU le plus téméraire ; enfin il s'était élevé un autel ou creusé un tombeau !

Cependant l'inquiétude commençait à le saisir. Déjà , à sa gauche et à sa droite , il voyait le Prince Eugène et Poniatowski déborder la ville ennemie; devant lui , Murât atteignait, au milieu de ses éclaireurs, l'entrée des faubourgs , et pourtant aucune députation ne se présentait ; seulement un ofBcier de Miloradowitch était venu déclarer que ce général mettrait le feu à la ville , si Ton ne donnait pas à son arrière-garde le loisir de l'évacuer.

Napoléon accorda tout. Les premières troupes des deux armées se mêlèrent quelques instants. Murât fut reconnu par les Cosaques : ceux-ci, familiers comme des nomades et expressifs comme des méridionaux, se pressent autour de lui ; puis , par leurs gestes et leurs exclamations , ils exaltent sa bravoure , et l'eniwent de leur admiration ! Le Roi prit les montres de ses officiers , et les distribua à ces guerriers encore barbares. L'un d'eux l'appela son Hettman.

Murât fut un moment tenté de croire que dans ces officiers il trouverait un nouveau Mazeppa , ou que lui-même le deviendrait; il pensa les avoir gagnés. Ce moment d'armistice, dans cette circonstance , entretint l'espoir de Napoléon , tant il avait besoin de se faire illusion. 11 en fut amusé pendant

deux heures.

Cependant le jour s'écoule , et Moscou reste morne ,

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silencieuse^ et comme inanimée! L'anxiété de l'Empereur s'accroît; Timpatience des soldats devient plus difficile à contenir. Quelques officiers ont pénétré dans Tenceinte de la \ille : « Moscou est déserte! »

A cette nouvelle, qu'il repousse avec irritation. Napoléon descend de la montagne du Salut , et s'approche de la.Moskwa et de la porte de Dorogomilow. Il s'arrête encore à l'entrée de cette barrière, mais inutilement. Murât le presse. « Eh bien, lui répondît il, entrez donc, puisqu'ils le veulent ! » Et il recommande la plus grande discipline; il espère encore : (( Peut-être que ces habitants ne savent pas même se (( rendre; car ici tout est nouveau, eux pour nous, « et nous pour eux ! »

Mais alors les rapports se succèdent ; tous s'accordent. Des Français, habitants de Moscou , se hasardent à sortir de l'asile qui, depuis quelques jours , les dérobe à la fureur du peuple; ils confirment la fatale nouvelle. L'Empereur appelle Daru , et s'écrie : « Moscou déserte! Quel événement invraisemblable! « Il faut y pénétrer. Allez, et amenez-moi les Boiards! » Il croit que ces hommes , ou roidis d'orgueil , ou paralysés de terreur, restent immobiles sur leurs foyers; et lui , jusque-là toujours prévenu par les soumissions des vaincus , il provoque leur confiance, et va au-devant de leurs prières.

Comment, en effet, se persuader que tant de palais somptueux, de temples si brillants, et de riches

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