CHAPITRE IV
comptoirs, étaient abandonnés par leurs possesseurs, comme ces simples hameaux qu'il venait de traverser ? Cependant Daru vient d'échouer. Aucun Moscovite ne se présente ; aucune fumée du moindre foyer ne s'élève; on n'entend pas le plus léger bruit sortir de cette immense et populeuse cité; ses trois cent mille habitants semblent frappés d'un immobile et muet enchantement : c'est le silence du désert!
Mais telle était la persistance de Napoléon, qu'il s'obstina et attendit encore. Enfin un officier, décidé à plaire , ou persuadé que tout ce que l'Empereur voulait devait s'accomplir, entra dans la ville, s'empara de cinq à six vagabonds, les poussa devant son cheval jusqu'à l'Empereur, et s'imagina avoir amené une Députa tion. Dès la première réponse de ces misérables, Napoléon vit qu'il n'avait devant lui que de malheureux journaliers.
Alors seulement il ne douta plus de l'évacuation entière de Moscou , et perdit tout l'espoir qu'il avait fondé sur elle. Il haussa les épaules, et, avec cet air de mépris dont il accablait tout ce qui contrariait son désir, il s'écria : « Ah ! les Russes ne savent pas « encore l'effet que produira sur eux la prise de leur ce capitale ! »
se LIVRE HUITIÈME.