CHAPITRE I
remarqua aussi son départ de l'armée, lorsqu'elle commençait à combattre.
Quant à ses mesures politiques dans ses nouvelles et dans ses anciennes provinces , et quant à ses pro« clamations de Polotsk à son armée , à Moscou, à sa grande nation , on convenait qu'elles étaient singulièrement appropriées aux lieux et aux hommes. Il semble, en effet, qu'il y eut, dans les moyens politiques qu'il employa , une gradation d'énergie trèssensible.
Dans la Litbuanie nouvellement acquise , soit précipitation, soit calcul, on avait tout ménagé en se retirant : sol, maisons, habitants ; rien n'avait été exigé ; seulepient on avait emmené les Seigneurs les plus puissants : leur défection eût été d'un exemple trop dangereux, et dans la suite leur retour plus difficile , s'étant plus compromis ; c'étaient d'ailleurs des otages.
Dans la Lithuaçie , plus anciennement réunie , où une administration douce, des faveurs habilement distribuées, et une plus longue habitude , avaient fait oublier l'indépendance, on avait entraîné après soi les hommes et tout ce qu'ils pouvaient emporter. Toutefois on n*avait pas cru devoir exiger d'une religion étrangère et d'un patriotisme naissant l'incendie des propriétés ; un recrutement de cinq hommes seulement, sur cinq cents mâles, avait été ordonné.
Mais dans la vieille Russie, où tout concourait avec
le Pouvoir, religion , superstition , ignorance , patrio-
tisme j non-seulement on avait tout fait reculer avec soi sur la route militaire, mais tout ce qui ne pouvait pas suivre avait été détruit ; tout ce qui n'était pas recrue devenait milice ou cosaque.
L'intérieur de l'Empire étant alors menacé , c'était à Moscou de donner l'-exémple. Cette capitale , justement nommée par ses poètes Moscou aux coupoles {/orées, était un vaste et bizarre assemblage de deux cent qualrç-vingt-quinze églises , et de quinze cents châteaux, avec leurs jardins et leurs dépendances. Ces palais de brique et leurs parcs, entremêlés de jolies maisons de bois et même de chaumières , étaient dispersés sur plusieurs lieues carrées d'un terrain inégal. Us se groupaient autour d'une forteresse élevée et triangulaire, dont la vaste et double enceinte, d'une demi-lieue de pourtour, renfermait encore : l'une , plusieurs palais , plusieurs églises , et des espaces incultes et rocailleux ; l'autre, un vaste bazar, ville de marchands, où les richesses des quatre parties du monde brillaient réunies.
Ces édifices, ces palais, et jusqu'aux boutiques, étaient tous couverts d'un fer poli et coloré. Les églises, chacune surmontée d'.une terrasse et de plusieurs clochers que terminaient des globes d'or, puis le crois* sant, enfin la croix, rappelaient l'histoire de ce peuple : c'étaient l'Asie et sa religion, d'abord victorieuse, ensuite vaincue , et enfin le croissant de Mahomet , dominé par la croix du Christ. ,