CHAPITRE ai. a
qui les avaient reçus craignirent pour leur responsabilité ; les autres redoutèrent les excès auxquels se livrent les soldats afTaméiS, quand ils ont tout à discrétion. Ces administrateurs ignoraient d'ailleurs combien notre position était désespérée , et , quand à peine le temps de piller restait / on laissa plusieurs heures nos malheureux compagnons d'armes mourir de faim devant ces grands amas de vivres , dont l'ennemi s'empara le lendemain.
Aux casernes j aux hôpitaux , ils ne furent pas moins rebutés, mais non par des vivants, car la mort seule y régnait. Quelques moribonds y respiraient encore; ils se plaignaient que depuis longtemps ils étaient sans lits, sans paille même, et presque abandonnés. Les cours, les corridors, et jusqu'aux salles, étaient remplis de corps entassés : c'étaient des charnier^, infects.
Enfin les soins de plusieurs chefs, tels qu'Eugène ^t Davout, la pitié des Lithuaniens et l'avarice des juifs, ouvrirent quelques refuges. Ce fut alors une chose remarquable que l'étonnement de ces infortunés , en se retrouvant enfin dans des maisons habitées. Combien un pain levé leur paraissait une nourriture délicieuse! Quelle douceur inexprimable ils trouvaient à le manger assis , et comme ensuite la vue d'un faible bataillon encore armé , en ordre, et vêtu uniformément , les frappait d'admiration ! Il semblait qu'ils revinssent des extrémités du monde , tant la violence et la continuité de leurs maux les avaient ar-
ZSB LIVRE DOUZIÈME.
rachés et jetés loin de toutes leurs habitudes , tant t'abime d'où ils sortaient avait été profond !
Mais à peine commençaient-ils à goûter cette dou-
ceur, que le canon des Russes tonna sur eux et sur la \ille ! Ces bruits menaçants y les cris des officiers , les tambours qui rappelaient aux armes , les clameurs d'une foule de malheureux qui arrivaient encore, remplirent Vilna d'une nouvelle confusion. C'était Tavant-garde de Kutusof et de Tchaplitz , commandée par Orurky Landskoy et Seslawin. Ils attaquaient la division Loison y qui couvrait à la fois la ville et la marche d'une colonne de cavaliers démontés , dirigés par Newtroky sur Olita.
On essaya d'abord de résister. De Wrede et ses Bavarois venaient aussi de joindre l'armée par Naroczwiransky et Niamentchin. Ils étaient suivis par Wiltgenstein , qui de Kamen et de Vileika marchait sur notre flanc droit ^ en même temps que Kutusof et Tchitcliakof nous poursuivaient. Il ne restait pas à de Wrede deux mille hommes. Quant à Loison , à sa division et à la garnison de Vilna j qui étaient venw nous tendre la main jusqu'à Smorgony, depuis trois jours, le froid les avait réduits, de quinze mille hommes, à trois mille.
' De Wrede défendit Vilna du côté de Rukoni ; il fut forcé de plier après un noble effort. De son côté , Loison et sa division , plus rapprochés de Viln^ , continrent l'ennemi. On était parvenu à faire prendre