CHAPITRE IV
sans aucune suite; enfin quelques centaines d'hommes de la Vieille Garde encore armés, étaient ses restes : eux seuls la représentaient ! . . . .
Ou plutôt elle respirait encore tout entière dans le Maréchal Nêy. G>mpagnons! Alliés! Ennemis! j'invoque ici votre témoignage : rendons à la mémoire d*un héros malheureux Thommage qui lui est dû; les faits suffiront. Tout fuyait , et Murât lui-même j traversant Kowno comme Vilna , donnait puis retirait Tordre de se rallier à Tilsitt, et se décidait ensuite pour Gumbinnen. Ney entre alors dans Kowno ^ seul avec ses aides de camp , car tout a cédé ou succombé autour de lui. Depuis Yiazma , c'est la quatrième arrière-garde qui s'use et qui se fond entre ses mains. Mais l'hiver et la famine , plus encore que les Russes y les ont détruites. Pour la quatrième fois il est resté seul devant l'ennemi , et, toujours inébranlable , il cherche une cinquième arrière-garde.
Ce Maréchal trouve dans Kowno une compagnie d'artillerie , trois cents Allemands qui en formaient la garnison , et le général Marchand avec quatre cents hommes ; il en prend le commandement. Et d'abord il parcourt la ville pour reconnaître sa position et rallier encore quelques forces ; il n'y trouve que des malades et des blessés qui s'essaient y en pleurant y à suivre notre déroute. Pour la huitième fois , depuis Moscou, il a fallu les abandonner en masse dans leurs hôpitaux, comme on les a abandonnés en détail
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sur toute la route, sur tous nos champs de bataUle, et à tous nos bivouacs. .
Plusieurs milliers de soldats couvrent la place et les rues environnantes ; mais ils y sont étendus roides devant des magasins d'eau-de-vie qu'ils'' ont enfonces^ et où ils ont puisé 1^ mort en croyant y trouver la vie. Voilà les seuls secours que lui a laissés Murât : Ney se voit seul en Russie avec sept cents recrues étrangères. A Kowno , comme après les désastres de Viazma, de Smolensk, de la Bérézina et de Vilna, c'est encore à lui qu'on a confié Thoimeur de nos armes et tout le péril du dernier pas de notre retraite : il l'accepte !
Le i4, au point du jour, l'attaque des Russes commence. Pendant qu'une de leurs colonnes se présente brusquement par la route de Vilna , une autre passe le Niémen sur la glace , au-dessus delà ville, prend pied sur les terres prussiennes , et , toute fière d'avoir la première franchi sa frontière , elle marche au pont de Kowno , pour fermer à Ney celte issue et lui couper toute retraite.
Les premiers coups se firent entendre à la porte de Vilna ; Ney y court ; il veut éloigner le canon de Platof avec les siens , mais déjà il trouve ses pièces enclouées et ses artilleurs en fuite! Furieux, il s*élance, l'épée haute, sur l'officier qui les commande, et il l'eût tué, sans son aide de camp qui para le coup et protégea la fuite de ce malheureux.