‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 208 sur 232 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ney appelle alors son infanterie ; mais sur les deux faibles batailFons qui la composaient, un seul avait pris les armes : c'étaient trois cents Allemands de la garnison. Il les place , il les exhorte, et, l'ennemi s'approchant , il allait leur commander le feu , quand un boulet russe, ëcrétant la palissade, vint casser la cuisse de leur chef. Cet officier tomba , et , sans hésiter, se sentant perdu , il prit froidement ses pistolets et se bwila la cervelle devant sa troupe. A ce coup de désespoir, ses soldats s'effraient, s'effarent, et tous à la fois ils jettent leurs armes, et fuient éperdus !

Ney, que tout abandonne, ne s'abandonne ni luimême ni son poste. Après d'inutiles efforts pour retenir ces fuyards, il ramasse leurs armes encore toutes chargées, il redevient soldat, et, lui cinquième, il fait face à des milliers de Russes. Son audace les arrêta ; elle fit rougir quelques artilleurs qui imitèrent leur Maréchal ; elle donna à l'aide de camp Heymès et au général Gérard le temps de ramasser trente soldats , de faire avancer deux à trois pièces légères , et aux généraux Ledru et Marchand celui de réunir le seul bataillon qui restait.

Mais en ce moment éclate, au delà du Niémen et vers le pont de Kowno, la seconde attaque des Russes ; il était deux heures et demie. Ney envoie Ledru , Marchand , et leurs quatre cents hommes , pour reprendre et assurer ce passage. Pour lui, sans lâcher prise , sans s'inquiéter davantage de ce qui se prépare

derrière lui. il combat à la tête de trente hommes, et se maintient jusqu'à la nuit à la porte qui ouvre vers Vilna. Alors il .trstv«:s<î^ Kov^no et le. Niémen toujours en combattant, reculant, et ne fuyant pas, marchant après tous les autres , soutenant jusqu'au dernier moment l'honneur de nos armes , et , pour la centième fois, depuis quarante jours et quarante nuits, sacrifiant sa vie et sa liberté pour sauver quelques Français de plus ! Il sort enfin le dernier die la Grande Armée , de cette fatale Russie , montrant au monde l'impuissance de la Fortune contre les grands courages, et que pour les héros tout tourne en gloire, même les plus grands désastres !

11 était huit heures du soir quand il parvint sur la rive alliée. Alors , voyant la catastrophe accomplie , Marchand repoussé jusqu'à l'entrée du pont, et la route de Vilkowîski, que suivait Murât, toute couverte d'ennemis , il se jeta à droite , s'enfonça dans les bois , et disparut !

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