‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 209 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Quand Mural atteignit Gumbinnen, il fut bien surpris d'y trouver Ney, et d'apprendre que , depuis Kowno y l'armée mait^hait sans arrière-garde. Heureusement la poursuite des Russes, après qu'ils eurent reconquis leur territoire, s'était ralentie. Us semblèrent hésiter sur la frontière prussienne , ne sachant ' s'ils entreraient en alliés ou en ennemis. Murât profita de cette incertitude pour s'arrêter plusieurs jours à Gumbinnen, et pour diriger les restes des corps sur les différentes villes qui bordent la Yistule.

Au moment de cette dislocation de l'armée il en réunit les chefs. Je ne sais quel mauvais génie l'inspira dans ce Conseil. On voudrait croire que ce fut embarras, devant ces guerriers, de la précipitation de sa fuite , et dépit contre l'Empereur qui lui avait laissé cette responsabilité; ou bien honte de reparaître vaincu au milieu des peuples les plus opprimés par nos victoires. Mais, comme ses paroles eurent un bien plus (Sicheux caractère , et que ses actions ne les ont point démenties , comme enfin elles furent le premier symptôme de sa défection, l'histoire ne peut les taire.

Ce guerrier, monté sur le Irôné par le seul droit de la victoire^ revenait vaincu ! Dès ses premiers pas sur la terre conquise, il crut la sentir tout entière trembler sous lui , et sa couronne chanceler sur sa tête. Mille fois, dans cette campagne , il s'était exposé aux plus grands dangers ; mais lui qui , Roi , n'avait pas craint de mourir comnte un soldat d'avatit-garde, ne put supporter l'appréhension de vivre sans couronne. Le voilà donc au milieu des chefs dont son frère lui à confié la conduite , accusant son ambition, qu'il a partagée , pour s*en absoudre !

Il s'écrie : ^ Qu'il n'est plus possible de servir un ce insensé ; qu'il n'y a plus de salut dans sa cause ; ce qu'aucun Prince de l' Europe ne croit plus ni à ses <c paroles ni à ses traités! Il se désespère d'avoir re- (c jeté les propositions des Anglais : sans cela , ajoutetc t-il , il serait encore un grand Roi , tel que l'Em- « pereur d'Autriche et le Roi de Prusse ! »

Un cri de Davout l'interrompit : « Le Roi de Prusse, a l'Empereur d'Autriche , lui repart-il brusquement, ce sont Princes par la grâce de Dieu , du temps , et de K l'habitude des Peuples; mais vous, vous n'êtes Roi ce que par la grâce de Napoléon et du sang français! ce Vous ne pouvez Têlre que par Napoléon et en resce tant uni à la France ; c'est une noire ingratitude qui tf vous aveugle ! » Et aussitôt il lui déclare qu'il va le dénoncer à son Empereur ; les autres chefs se turent. Ils excusaient l'emportement de la douleur du Roi,

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