‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 210 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

et n^âttribuaient qu'à sa fougue inconsidérée des expressions que la haine et l'esprit soupçonneux de Davout n'avaient que trop bien comprises.

Murât resta décontenancé : il se sentait coupable. Ainsi fut étouffée celte première étincelle d'une trahison qui devait , plus lard, perdre la France ! L'histoire n'en parle qu'à regret , depuis que le repentir et le malheur ont égalé le crime.

Il fallut bientôt porter notre abaissement dans Kœnigsberg. La Grande Armée y qui y depuis vingt ans, parcourait triomphante toutes les capitales de l'Europe y reparut, pour la première fois , mutilée y désarmée , fuyante , dans l'une de celles qu'elle avait le plus humiliées par sa gloire. Ses peuples accoururent sur notre passage pour compter nos blessures y pour évaluer, par la grandeur de nos maux, ce qu'ils pouvaient se promettre d'espérances. Il fallut repaître de nos misères leurs avides regards , subir le joug de leur espoir, et, traînant notre infortune au travers de leur odieuse joie, marcher sous l'insupportable poids d'un malheur haï !

Les faibles restes de la Grande Armée ne plièrent point sous ce faix. Son ombre, déjà presque détrônée, se montra toujours imposante; elle conserva son air de Souveraine : vaincue par les éléments , elle garda devant les hommes ses formes victorieuses et dominatrices !

De leur côté, les Allemands, soit lenteur, soit

crainte , nous accueillirent docilement : leur haine se contint sous les apparences de la froideur; et , comme ils n'agissent guère d'eux-mêmes y pendant qu'ils attendaient un signal, ils furent contraints de soulager nos misères. Kœnigsberg ne put bientôt plus les contenir. L'hiver, qui nous y avait poursuivis, nous y abandonna tout à coup : en une nuit le thermomètre descendit de vingt degrés !

Cette transition subite notis fût fatale. Une foule de soldats et de généraux, qtre la tension de l'atmosphère avait soutenus jusque-là par xme irritation continuelle , s'affaissèrent et tc»nbèrent en décomposition. La Riboi^ière, général en chef de l'artillerie,^ succomba; Éblé, Thonneur de l'armée, le suivit. Chaque jour, à chaque heure, on était consterné par de nouvelles pertes.

Au milieu de ce deuil général, tout à coup une émeute et une lettre de Macdonàld vinrent porter le désespoir dans toutes ces donleurs. Lea malades ' ^ ne purent plus conserver l'espoir de mourir libres; il fallut que l'ami abandonnât son ami mourant, le frère son frère , ou qu'il l'entraînai: expirant vers Elbîng. L'émeute n'était alarmanteqiie xx)miiie «Sjrmptônie; elle fut réprimée; m^is la nouvelle qu'aBApncait Macdonàld était déôisîve.

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