CHAPITRE VI
rang de Maréchal, en même temps qu'il disait nommer, à Vienne, Schwartzenberg Feld-Maréchal. Cependant les droits n'étaient pas égaux, entre ces^ deux chefs.
Des symptônies fâcheux se niianifestaient à nos deux ailes : chez les Autrichiens ils fermentaient parmi les officiers; leur général les contenait dans notre alliance ; il nous avertissait même des mauvaises dispositions des siens, et des moyens de. garantir de cette contagion nos autres alliés mêlés à ses troupes.
C'était le contraire à notre aile gauche : l'armée prussienne y marchait sans arrière-pensée, quand son général conspirait contre nous. Aussi , dans les combats , voyait-on à l'aile droite le chef entraîner ses troupes en dépit d'elles-mêmes, tandis qu'à l'aile gauche les troupes poussaient leur chef en avant presque malgré lui.
Chez ceux-ci les officiers, les soldats , Grawert luimême , vieux guerrier loyal et sans politique , tous servaient franchement. Us combattirent en lions toutes les fois qu'ils furent libres de leur chef : « Ils fc voulaient , disaient-ils , laver aux yeux des Français a la honte de leur désastre de 1806, reconquérir « notre estime, vaincre devant leurs vainqueurs, « montrer que leur défaite ne devait être attribuée (c qu'à leur gouvernement, et qu'eux eussent été ce dignes d'un meilleur sort ! »
York voyait de plus haut. Il était de cette société des Amis de la Vertu , dont le principe était la haine
412 LIVBE DOUZIÈME.
des Français, et le but, leur entière expulsion de l'Allemagne. Mais Napoléofi était encore victorieux, et le Prussien craignait de se compromettre. D'ailleurs la justice de Macdonald , sa douceur et sa réputation militaire avaient gagné le cœur de ses troupes : (c Jamaii» , disaient les Prussiens , ils ne s'étaient trou- « vés si heureux que sous le commandement d'un <c Français! » En effet, unis aux conquérants, et jouissant avec eux des droits de la conquête , ces vaincus s'étaient laissé séduire à l'attrait tout-puissant d'être du parti de la victoire.
Tout y concourait. Leur administration était conduite par un intendant et par des agents pris dans leur armée. Ils vivaient d^ns l'abondance. Ce fut poiurtant de ce c6té que commença la querelle de Macdonald et d'Yorck, et que* la haine de ce dernier trouva une issue pour se répandre.
D'abord il s'éleva des plaintes dans le pays contre cette administration. Bientôt un ordonnateur français arriva, et, soit rivalité , soit justice, il accuse l'intendant prussien de fatiguer le pays par d'énormes réquisitions de bestiaux : « Il les envoyait, disait-on, (X dans la Prusse , épuisée par notre passage ; Tarmée c en était frustrée , bientôt la disette s'y ferait sentir, y» Selon lui, Yorck n'ignorait pas cette manœuvre.
Macdonald crut à l'accusation; il renvoya l'accusé, confia l'administration à l'accusateiur ; et Yorck, plein de dépit , ne songea plus qu'à se venger.