‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 215 sur 232 · CHAPITRE VII. ils · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. ils

On trouve dans les lettres de Macdonald les justes motifs de son mécontentement. Il écrivait à Yorck ; « Qu'il était honteux que ses postes fussent continuelce lement attaqués , sans qu'à son tour il eût harcelé <x une seule fois Tennemi ; que , depuis qu'il était en ff présence , il n'avait que repoussé des attaques, sans « prendre une seule fois TofTensive , quoique ses of- « ficiers et ses troupes fussent de la meilleure vote lonté. » Ce qui était vrai , car en général c'était un spectacle remarquable , que l'ardeur de tous ces Allemands pour une cause qui leur était étrangère , et qui pouvait leur paraître ennemie.

Tous se précipitaient , à Fenvi les uns des autres , au milieu des dangers , pour obtenir l'estime de la Grande Armée et un éloge de Napoléon. Leurs Princes préféraient la simple étoile d'argent de l'honneur français à leurs plus riches cordons ! Alors encore le génie de Napoléon semblait avoir tout ébloui ou dompté.» Aussi magnifique à récompenser que prompt et terrible à punir, il paraissait tel qu'un de ces grands centres de la nature , dispensateur de tous les biens. Chez beaucoup d'Allemands il s'y ajoutait une respectueuse admiration pour une vie tout empreinte de ce merveilleux qu'ils aiment tant.

Mais leur entraînement tenait à la victoire , et déjà commençait la fatale retraite ; déjà , du nord au sud de l'Europe , les cris de vengeance de la Russie répondaient à ceux de l'Espagne; ils se croisaient et

retentissaient sur les terres allemandes encore sous le joug. Ces deux grands incendies , allumés aux deux extrémités de T Europe ^ se rapprochaient de son centre 9 ils y faisaient luire un nouveau jour , ils le couvraient d'étincelles que recueillaient des cœurs brûlant d'une haine patriotique , exaltée jusqu'au fanatisme par la mysticité ! A mesure que notre dé-

route se rapprochait de l'Allemagne , on entendait s'élever de son sein une rumeur sourde , un murmure encore tremblant, incertain et confus , mais général !

Les universitaires , nourris de ces idées d'indépendance, inspirées par leur ancienne constitution qui leur assure tant de privilèges, pleins des souvenirs enthousiastes de la gloire antique et chevaleresque de la Germanie, et jaloux pour elle de toute gloire étrangère, étaient restés nos ennemis. Absolument étrangers aux calculs de la politique , ils n'avaient jamais plié sous notre victoire. Depuis qu'elle pâlissait ^ un même esprit gagnait les politiques et jusqu'aux militaires. L'association des jémis de la Vertu donnait à ce soulèvement l'apparence d'un vaste complot; quelques chefs conspiraient en effet , mais il n'y avait pas de conjuration; c'était un mouvement spontané, une sensation commune et universelle !

Alexandre augmentait habilement cette disposition par ses proclamations , par ses adresses aux Allemands, et en faisant ménager leurs prisonniers.

GHAPlTUt: VIL 417

Quant aux Rois de TEurope , il n'y avait encore que lui et Bernadotte qui marchassent à la tête de leurs peuples. Tous les autres , retenus: par la politique ou par l'honneur, se laissaient devancer par leurs sujets.

Cette contagion pénétra dans la Grande Arniée; dès le passage de la Bérézina Napoléon en avait été averti. On avait remarqué des communications entre jdes généraux bavarois, saxons et autrichiens. A la gauche , la^ mauvaise volonté d'Yorck redoubla ; elle gagna une partie de ses troupes ; tous les ennemis de la France se réunissaient, et Macdonald, étonné , venait d'avoir à repousser les perfides insinuations d'un aide de camp de Moreau. Cependant l'impression de nos victoires avait été si profonde sur tous ces Allemands , ils avaient été courbés si puissamment, qu'il leur fallut du temps pour se relever.

Le i5 novembre Macdonald , voyant que la gauche de la ligne des Russes s'étendait trop loin de Riga , entre lui et la Dùna , fit faire de fausses attaques sur tout leur front, et en poussa une véritable sur leur centre, qu'il perça rapidement jusqu'au fleuve, vers Dahlenkirchen. Toute la gauche des Russes, Lewis et cinq mille hommes se trouvèrent séparés de leur retraite et acculés à la Dùna.

Lewis chercha vainement une issue ; il trouva partout' l'ennemi et perdit d'abord deux bataillons et un escadron. 11 était pris tout entier s'il eût été serré de plus près, mais on lui laissa assez de place et de

Page 1