‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 23 sur 232 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sieurs milliers de traineurs et de déserteurs ennemis restèrent volontairement au pouvoir de Tavant-garde. Celle-ci laissa au corps qui la suivait le soin de les ramasser; ceux-là à d^autres, et ainsi de suite; de sorte qu'ils restèrent libres au milieu de nous, jusqu'à ce que, l'incendie et le pillage leur ayant marqué leur devoir et les ayant tous ralliés dans une même haine, ils allèrent rejoindre Kutusof.

Murât, que le Kremlin n'avait arrêté que quelques instants, disperse cette foule qu'il méprise. Ardent, infatigable, comme en Italie et en Egypte, après neuf cents lieues faites et soixante combats livrés pour atteindre Moscou, il traverse cette cité superbe sans daigner s'y arrêter ; et, s'acharnant sur l'arrière- garde russe, il s'engage, fièrement et sans hésiter, sur le chemin de Voladimir et d'Asie !

Plusieurs milliers de Cosaques, avec quatre pièces de canon , se retiraient dans cette direction. Là cessait l'armistice. Aussitôt Murât, fatigué par cette paix d'une demi-journée, ordonna de la rompre à coups de carabine. Mais nos cavaliers croyaient la guerre finie, Moscou leur en paraissait le terme, et les avantpostes des deux Empires répugnaient à renouveler les hostilités. Un nouvel ordre vint , une même hésitation y répondit. Enfin Murât, irrité, commanda lui-même ; et ces feux, dont il semblait menacer l'Asie, mais qui ne devaient plus s'arrêter qu'aux rives de la Seine , recommencèrent !

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