‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 27 sur 232 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nir; nous n'ëlions plus qu'une armée de criminels dont le Ciel et le monde civilise devaient faire justice ! On ne sortait de cet abîme de pensées , et des accès de fureur qu'on éprouvait contre les incendiaires, que par la recherche avide de nouvelles , qui toutes commençaient à accuser les Russes seuls de ce dé* sastre.

En effet, des officiers arrivaient de toutes parts; tous s'accordaient. Dès la première nuit, celle du i4 au i5, un globe enflammé s'était abaissé sur le palais du Prince Troubelskoï, et l'avait consumé; c'était un signal. Aussitôt le feu avait été mis à la Bourse; on avait aperçu des soldats de police russes l'attiser avec des lances goudronnées. Ici des obus, perfidement placés, venaient d'éclater dans les poêles de plusieurs maisons ; ils avaient blessé les miilitaires qui se pressaient autour. Alors, se retirant dans des quartiers encore debout, ils étaient allés se choisir d'autres asiles ; mais , près d'entrer dans ces maisons toutes closes et inhabitées, ils avaient entendu en sortir une faible explosion; elle avait été suivie d'une légère fumée , qui aussitôt était devenue épaisse et noirCj puis rougeâtre, enfin couleur de feu, et bientôt l'édifice entier s'était abimé dans un gouffre de flammes ! *

Tous avaient vu des hommes d'une figure atroce , couverts de lambeaux, et des femmes furieuses errer dans ces flammes, et compléter une épouvantable

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image de Tenfer! Ces misérables, çnivrés de vin et du succès de leurs crimes , ne daignaient plus se cacher ; ils parcouraient triomphalement ces rues enbrasées; on les surprenait armés de torches, s'acharnant à propager l'incendie; il fallait leur abattre les mains à coups de sabre pour leifv faire lâcher prise. On se disait que ces bandits avaient été déchaînés par les chefs russes pour brûler Moscou; et qu'en effet, une si grande, une si extrême résolution n'avait pu être prise que par le patriotisme , et exécutée que par le crime.

Aussitôt l'ordre fut donné de juger et de fusiller sur place tous les incendiaires. L'armée était sur pied. La Vieille Garde, qui tout entière occupait une partie du Kremlin ; avait pris les armes; les bagages, les chevaux tout chargés, remplissaient les cours ; nous étions mornes d'étonnement, de fatigue, et du désespoir de voir périr un si riche cantonnement. Maîtres de Moscou , il fallait donc aller bivouaquer, sans vivres , à ses portes !

Pendant que nos soldats luttaient encore avec l'incendie, et que l'armée disputait au feu cette proie, Napoléon , dont on n'avait pas osé troubler le sommeil pendant la nuit, s'était éveillé à la double clarté

du jour et des flammes. Dans soA premier mouvement il s'irrita, et voulut commander à cet élément; mais bientôt il fléchit, et s'arrêla devant l'impossibilité. Surpris, quand il a frappé au cœur d'un Empire ,

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