‹ Histoire et mémoires (volume 3)Chapitre 36 sur 232 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« queurs , les Moscovites s'étant servis de leur capi- « taie comme d'une grande machine de guerre pour « nous anéantir. »

C étaient les plus probes et les plus disciplinés qui parlaient ainsi ^ et Ton n'avait rien à leur répondre. Cependant , un scrupule exagéré empêchant d'abord d ordonner le pillage , on le permit sans le régler : alors , poussés par les besoins les plus impérieux y tous se précipitent, soldats d'élite, officiers même. Les chefs sont obligés de fermer les yeux ; il ne reste aux Aigles et aux faisceaux que les gardes indispensables.

L'Empereur voit son armée entière dispersée dans la ville. Sa marche est embarrassée par une longue file de maraudeurs , qui vont au butin ou qui en reviennent, par des rassemblements tumultueux de soldats, groupés autour des soupiraux des caves et devant les portes des palais, des boutiques et des églises , que le feu est près d'atteindre , et qu'ils cherchent à enfoncer.

Ses pas sont arrêtés par des débris de meubles de toute espèce qu'on a jetés par les fenêtres pour les soustraire à l'incendie; enfin par un riche pillage, que le caprice a fait abandonner pour un autre bulin : car voilà les soldats ! ils recommencent sans cesse leur fortune , prenant tout sans distinction , se chargeant outre mesure , comme s'ils pouvaient tout emporter ; puis , au bout de quelques pas , forcés par la

fatigue de jeter successivement la plus grande partie de leur fardeau.

Les routes en sont obstruées; les places, comme lescampSy sont devenues des marchés, où chacun vient échanger le superflu contre le nécessaire. iJi , les ol> jets les plus rares, inappréciés par leurs possesseurs, sont vendus à vil prix; d^autres, d'une apparence trompeuse , sont acquis bien au delà de leur valeur. L'or, plus portatif, s'achète à une perte immense pour de l'argent que les havresacs n'auraient pas pu contenir. Partout des soldats assis sur des ballots de marchandises , sur des amas de sucre et de café , au milieu des vins et des liqueurs les plus exquises , qu'ils voudraient échanger contre un morceau de pain. Plusieurs , dans une ivresse qu'augmente l'inanition , sont tombés près des flammes , qui les atteignent et les tuent.

Néanmoins la plupart des maisons et des palais qui avaient échappé au feu servirent d'abri aux chefe ; et tout ce qu'elles contenaient fut respecté. Tous voyaient avec douleur cette grande destruction, et le pillage qui en était la suite nécessaire. On a reproché a quelques-uns de nos hommes d'élite de s'être trop plu à recueillir ce qu'ils purent dérober aux flammes ; mais il y en eut si peu , qu'ils furent cités. La guerre , dans ces hommes ardents , était une passion qui en supposait d'autres. Ce n'était point eu* pidité , car ils n'amassaient point ; ils usaient de ce

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